La réponse tient en 5 mots : pour lui... et pour nous
Un mâle entier marque son territoire : cela fait partie de ses modes de communication naturels pour signaler sa présence. En dehors du fait que l'urine de mâle entier est en soi nettement plus odorante, les marquages urinaires n'ont pas lieu dans la litière mais... là où Minou trouvera bon d'indiquer sa présence de mâle en capacité de reproduire, en divers endroits de la maison.
Ce comportement de marquage une fois mis en place, il peut perdurer au-delà de la castration. En la matière, mieux vaut prévenir que guérir !
Un mâle en rut peut également signaler sa présence à ses partenaires par de charmants cris rauques, surtout la nuit (les chats sont des animaux nocturnes plus que diurnes). Ces cris tendent à s'intensifier si Minou est frustré, c'est-à-dire s'il ne peut pas rencontrer Minette.
Quant aux chattes entières,
leurs chaleurs, à intervalle plus ou moins rapproché,
s'accompagnent de hurlements (là aussi, surtout la nuit)
pour signaler leur présence aux matous.
De belles nuits blanches en perspective...
En chaleur, Minette peut aussi être assez "nerveuse"
(certaines en version plus câline et d'autres... en version plus irritable).
En outre, un chat entier peut tendre à être moins proche des humains (ce sont avant tout ses hormones qui dansent la polka qui le préoccupent).
Enfin, un chat entier a plus tendance à la fugue, pour courir le vaste monde à la recherche d'un partenaire.
Cet ensemble de comportements est absolument naturel et inhérent aux chats entiers. Il est illusoire de vouloir les réduire autrement que par la stérilisation.
Avec la tendance aux fugues se pose un autre problème : celui des maladies infectieuses, très prévalentes dans la population féline qui vit en liberté. Outre les "classiques" maladies infectieuses telles que le coryza, et quelques charmants parasites glânés au passage, ce qui est déjà fort ennuyeux en soi, se pose le problème des maladies infectieuses mortelles, comme la leucose (Minou et Minette sont en principe vaccinés, mais aucun vaccin n'a une protection de 100%) et surtout le FIV (le "sida du chat"), contre lequel il n'existe aucun vaccin mais dont l'issue est fatale.
Dans ses bagarres pour s'imposer face à ses rivals, Minou risque en outre d'être blessé.
Par ailleurs, une chatte qui a des chaleurs répétitives sans porter risque de développer une infection de la matrice (métrite ou pyomètre), qui, si elle n'est pas repérée à temps, peut avoir des conséquences graves.
Enfin, pour la chatte, la stérilisation réduit également
les risques de tumeur mammaire : c'est un investissement
pour la santé future de Minette[1].
Pour le chat mâle, ce sont les risques de cancers des testicules ou de la prostate
qui sont réduits par la castration.
Si Minette revient pleine d'une escapade, il faudra veiller sur elle lors de sa gestation et de son accouchement (au risque, sinon quoi, de la perdre). Le placement des chatons n'est pas chose si aisée que cela : il faut bien choisir les familles auxquelles on les confie, et les demandes n'affluent pas nécessairement. Trop de chatons ou chats non réellement désirés sont abandonnés et peuplent les refuges.
Le propriétaire d'un mâle entier a lui aussi une responsabilité face à la surpopulation féline et à l'abandon de chatons non-souhaités : en faisant stériliser son mâle, il participe à la réduction de ce problème, qui n'est pas seulement "celui des autres".
Dans le rapport aux animaux domestiques, l'anthropomorphisme est un écueil : il peut nuire à l'animal, qui a des besoins et des comportements... animaux, pas humains.
Un chat ou une chatte non-stérilisé(e) ne peut pas sublimer dans la poésie ou la religion... Il ne réfléchit pas sa sexualité, il la vit sans médiation (de façon "primaire"). La frustration est une source de stress (au sens biologique) et peut éventuellement le rendre agressif, tout comme les chaleurs à répétition sans porter sont extrêmement fatiguantes pour une femelle. Le stress biologique, quant à lui, fragilise l'animal et le rend plus vulnérable aux maladies.
Sans doute par projection, la stérilisation est trop souvent encore perçue comme une mutilation, alors que c'est l'absence de stérilisation sans pouvoir satisfaire ce que lui dictent ses hormones qui affaiblissent et épuisent l'animal (physiquement et psychologiquement).
Dans le même ordre d'idée, il existe un mythe persistant,
et parfois culpabilisant pour qui fait stériliser sa chatte,
selon lequel une chatte devrait avoir
au moins une portée pour être épanouie.
Mais l'épanouissement dans la maternité est un concept humain,
pas animal. Une chatte entière n'a pas envie d'avoir des chatons,
elle répond à un besoin et à un instinct.
Ce n'est là non plus pas médié, et elle n'a absolument pas la possibilité de faire
taire son "horloge biologique" pendant 15 ou 20 ans
avant de rencontrer le bon partenaire et d'être installée (!) :
la chatte ne contrôle pas ses instincts reproductifs.
Stérilisée, le besoin ne se fera plus sentir ;
entière, elle y sera asujettie : c'est aussi "binaire" que cela.
Une portée intermédiaire ou non ne change rien à l'affaire.
Bien sûr, si elle a des chatons, elle s'en satisfera, répondra à son instinct maternel
et s'en occupera bien. Mais si elle est stérilisée avant ou après,
elle n'en sera ni plus "heureuse" ou "malheureuse",
ni moins non plus.
Il existe un autre "bruit qui court" sur la stérilisation : celui qu'un chat neutré, en particulier un mâle, sera nécessairement obèse (genre Garfield). Cela repose sur une réalité : le métabolisme d'un chat neutré a un moindre besoin en énergie (en Calories) que celui d'un chat entier (les hormones, ça creuse!) et, d'un point de vue comportemental, il est généralement plus calme (les hormones, ça agite!). Le besoin énergétique d'un chat stérilisé est généralement réduit aux deux-tiers environ de ceux d'un chat entier (soit 40 Calories par kilo -de chat, pas de nourriture!-, au lieu de 60 Calories par kilo pour un chat entier). Mais l'obésité des chats neutres n'a rien d'une fatalité : tout dépend de la nourriture qu'il reçoit, c'est-à-dire... qu'on lui donne. Il existe des aliments hypocaloriques parfaitement adaptés, notamment si son niveau d'activité baisse. D'autre part, tout en le laissant faire ses nombreux petits repas quotidiens (alimentation en libre-service), il peut être utile de ne mettre chaque jour dans la gamelle que la quantité de nourriture qui couvre ses besoins, pour être certain qu'il ne la dépasse pas.
La stérilisation précoce consiste à neutrer un chat avant qu'il n'atteigne la puberté, c'est-à-dire entre 2 mois et 6 mois, au lieu des "traditionnels" 6-7 mois.
Cette pratique a plus de 25 ans de recul aux Etats-Unis.
Ils sont les mêmes que ceux de la stérilisation tout court, bien sûr.
... Mais en prime...
La récupération post-opératoire du chaton est plus rapide
que pour le jeune chat de 6-7 mois : douleur post-opératoire
et stress sont réduits pour lui.
La cicatrisation est également plus rapide.
Les risques liés à l'anesthésie ne sont ni plus ni moins élevés
si la stérilisation est réalisée précocement.
Les testicules des mâles apparaissent même être plus aisées à retirer
de manière précoce[2].
Pour le propriétaire, adopter un chat déjà stérilisé est aussi un stress (et un coût) en moins : plus besoin de s'en préoccuper, c'est déjà fait ! De plus, l'examen préliminaire approfondi nécessaire à l'opération lui assure d'autant plus que le chaton qu'il accueille est en parfait état de santé (sans parasites, etc).
Un chat stérilisé précocément ne développera aucun schéma comportemental de reproduction (distanciation aux humains, marquage, ...). N'ayant jamais eu de stimulations hormonales sexuelles, il n'en connaîtra tout simplement jamais les impératifs (et ses adoptant n'en verront jamais les inconvénients...)[3].
Dans le même ordre d'idée (absence de stimulation hormonale), plus la stérilisation est pratiquée tôt -- surtout avant les premières chaleurs, plus les risques de tumeurs mammaires sont réduits chez les femelles.
Enfin, le chat n'ayant pas connu l'effet inhibiteur d'appétit des hormones, il y a moins de chance que son comportement alimentaire varie fortement après l'opération.
Certains praticiens préfèrent, par commodité d'approche (enfin surtout pour les chattes), que le chat pèse a minima 2 kg pour la stérilisation. Mais pas de souci : c'est (largement) le cas d'une chatonne Maine Coon de 3 mois.
Stérilisation précoce et croissance - Une inquiétude fréquente regardant la stérilisation précoce est qu'elle ralentisse/minimise la croissance du chat. En fait, les chats stérilisés précocément (comme d'ailleurs les chats stérisés vers 6-7 mois) tendent à être légèrement plus grands, car leur croissance dure un peu plus longtemps (les hormones sexuelles favorisent la fermeture des cartilages de croissance, ce qui met un terme à la croissance des os longs ; chez les chats neutrés, ce phénomène est décalé de quelques mois).
Ce qui est vrai, c'est que dans son apparence un chat neutré précocément n'aura pas les caractéristiques physiques induites par les hormones sexuelles (cela concerne avant tout les mâles, et l'effet de la testostérone) : développement de bajoues, élargissement important de la tête et "descente" des oreilles. Mais c'est vrai aussi des mâles neutrés vers 6-7 mois.
Stérilisation précoce et risques de fracture -
Du fait de ce phénomène de retardement de la fermeture des cartilages de croissance,
une autre inquiétude fréquente est que les chats stérilisés précocément
soient plus en proie à des fractures.
Ce risque existe, mais il est extrêmement faible
(il existe aussi pour les petits humains avant
la fermeture de leurs cartilages de croissance vers 15-16 ans,
et ce n'est pas comme si c'était un sujet d'angoisse parentale majeur!).
Il n'est pas plus élevé pour les chats stérilisés précocément
que chez ceux stérilisés vers 6-7 mois ou même un an,
le décalage dans la fermeture des cartilages de croissance induit par la stérilisation
étant le même que le chat soit neutré précocément ou au début de la puberté[4].
A vrai dire, pour éviter totalement ce risque (qui est faible, insistons),
il faudrait attendre la fermeture complète des cartilages pour la stérilisation,
vers 18 mois (voire plus tard chez un Maine Coon).
Mais il existe de toute façon également chez le chat entier
jusqu'à leur fermeture (il est juste légèrement prolongé chez le neutre).
Stérilisation précoce et calculs urinaires -
Des inquiétudes fréquentes concernent aussi le développement de l'urètre
(le canal urinaire), notamment pour les mâles,
et la prédisposition que cela pourrait entraîner à la
formation de calculs et autres problèmes urinaires,
chez les chats neutrés précocément.
Si cela a été un objet de préoccupation de la
communauté vétérinaire dans les années 1970-80,
des études plus récentes viennent aujourd'hui
montrer que le diamètre de l'urètre n'est pas
modifié par la stérilisation[5].
En revanche, le pénis d'un mâle neutré précocement ne présentera
pas les "petits picots" des mâles entiers,
et sa capacité d'extériorisation n'est pas la même
(... enfin bon, c'est pas comme si les chats avaient
des relations sexuelles pour le plaisir après !).
Mais cela n'est pas lié au développement de calculs urinaires.
La castration du chat (Wanimo)
La stérilisation précoce (Sphynx Club de France).
La stérilisation précoce chez le chat (MCF).
Reproduit l'article d'E. Malandain, La stérilisation précoce, paru dans la Lettre du Club Félinotechnique.
Buff S., Stérilisation très précoce chez les carnivores domestiques : de nombreux avantages, Point Vét, 2001.
C. Debordeaux Etude descriptive de la population féline venant à l’ENVA pour castration de convenance. Novembre 2002 à mai 2003 : 300 cas,
thèse pour l'obtention du doctorat vétérinaire, ENVA, 2003.
L. Morvan, Etude descriptive de la population féline venant à l’ENVA pour castration de convenance. Novembre 2002 à mai 2003 : 300 cas,
thèse pour l'obtention du doctorat vétérinaire, ENVA, 2003.
Larboulette, S, Les tumeurs mammaires félines, thèse pour l'obtention du doctorat vétérinaire, ENVN, 2003.
Neuter and spay : it's the human way ! (CFA)
Dr. W. Brooks, Felina Spay FAQ, 2002 et Neutering the Male Cat, 2004.
Dr. S. Little, Early Age Spay and Neuter in the Cat, 2000 - Un excellent texte cumulatif (assez technique).
Dr Diana Cruden, A Winn Feline Foundation Report On ... early spay/neuter in the cat
Dr. D. Rosebrock, Early Sterilization Program.
Cette page reproduit aussi dans son intégralité l'article de Stubbs et al., Early neutering of the dog and cat, 1995.
Dr. T. Fuess, Early Spay/Neuter: An Overview, 1998.
R. Bowen, Early Sterilization in Dogs and Cats, 2004.
[1] Overley B, et al, Association between ovarihysterectomy and feline mammary carcinoma, J Vet Intern Med, 2005.
[2]
Fuess T, Early Spay/Neuter: An Overview, 1998.
Kustritz MV, Early spay-neuter: clinical considerations, Clin Tech Small Anim Pract, 2002.
Stubbs et al, Implications of early neutering in the dog and cat, Semin Vet Med Surg (Small Anim), 1995.
Howe at al, Short-term results and complications of prepubertal gonadectomy in cats and dogs, JAVMA, 1997.
Olson et al, Early-age neutering of dogs and cats in the United States (a review), J Reprod Fertil Suppl, 2001.
[3]
Spain CV et al, Long-term risks and benefits of early-age gonadectomy in cats, JAVMA, 2004.
Howe LM et al, Long-term outcome of gonadectomy performed at an early age or traditional age in cats, JAVMA, 2000.
[4]
Stubbs et al, Effects of prepubertal gonadectomy on physical and behavioral development in cats, JAVMA, 1996
(Voir aussi : Stubbs et al, Early neutering of the dog and cat, 1995)
Root et al, The effect of prepuberal and postpuberal gonadectomy on radial physeal closure in male and female domestic cats, Vet Radiol Ultrasound, 1997.
Howe et al, Long-term outcome of gonadectomy performed at an early age or traditional age in cats, JAVMA, 2000.
[5]
Stubbs et al, Effects of prepubertal gonadectomy on physical and behavioral development in cats, JAVMA, 1996
(Voir aussi : Stubbs et al, Early neutering of the dog and cat, 1995
et Stubbs et al, Implications of early neutering in the dog and cat, Semin Vet Med Surg (Small Anim), 1995.)
Gregory, CR, Electromyographic and urethral pressure profilometry. Clinical application in male cats, Vet Clin North Am Small Anim Pract, 1984.
Lieberman LL, A case for neutering pups and kittens at two months of age, JAVMA, 1987.
Kustritz MV, Early spay-neuter in the dog and cat, Vet Clin North Am Small Anim Pract, 1999
Howe LM et al, Long-term outcome of gonadectomy performed at an early age or traditional age in cats, JAVMA, 2000.
Root, MV, et al, The effect of prepuberal and postpuberal gonadectomy on penile extrucion and urethral diameter in the domestic cat, Vet Rad Ultrasound, 1996.