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Coronavirus & PIF

... Ce n'est pas une seule et même chose

... Mais le virus de la PIF est une mutation de coronavirus bénins

Les facteurs favorisant la mutation des coronavirus en virus de la PIF

A quoi ça ressemble une PIF ?

La science avance... au rythme qu'elle peut

Dépistage & diagnostic de la PIF

Perspectives de vaccination

Bon OK... mais concrètement : coronavirus ou pas coronavirus ?

D'autres lectures

Coronavirus & PIF

... Ce n'est pas une seule et même chose

Les coronavirus entéritiques et la PIF ne sont "juste une seule et même chose" : un chat porteur de coronavirus entéritiques n'est pas synonyme de chat atteint de péritonite infectieuse, et il y a une différence-très-différentielle entre les deux.

Les coronavirus entéritiques félins (FeCV) "squattent", comme leur nom l'indique, dans l'intestin des chats. En eux-mêmes, ils sont bénins, c'est-à-dire que chez la plupart des chats, ils n'entraînent... aucun symptôme du tout, ou, au pire, une entérite, c'est-à-dire une diarrhée modérée.
Bref, ils sont un peu comme un "rhume des intestins" (bon d'accord, c'est une image un peu bizarre...).

Les coronavirus entéritiques félins sont des virus très communs chez le chat. Très contagieux, ils se transmettent en prime très facilement entre chats : logeant dans l'intestin, ils sont excrétés dans les selles. Résultat, si Minou et Pompon partagent la même litière (la patte qui gratte la litière est aussi la patte soigneusement léchée pour servir de gant de toilette...), ou se reniflent les fesses de près, voire, pour peu qu'ils soient un peu copains, se nettoient mutuellement l'arrière-train pour être sympa, ils échangent joyeusement leurs coronavirus entéritiques. Même sans cela, ils peuvent être véhiculés assez facilement, ayant une assez bonne résistance à l'air libre (ah les semelles...).

En fait, coronavirus désigne, plus précisément, une famille de virus (FCoV). Il s'agit de virus à ARN, qui, comme tout virus à ARN qui se respecte, a une capacité de mutation élevée (c'est le cas aussi des calicivirus) : ça leur permet de jouer au gendarme et au voleur avec le système immunitaire, en ne cessant de se présenter sous un nouveau visage.
Du coup, il existe pleins de souches différentes de coronavirus.

... Mais le virus de la PIF est une mutation de coronavirus bénins

Là, les choses se corsent... Sous l'influence de facteurs qui ne sont pas tous exactement cernés, des mutations particulières (et, apparemment, plus précisément une suite de mutations "en cascade") de banals coronavirus entéritiques vont donner un virus très pathogène, le virus de la péritonite infectieuse féline (FIPV). Un peu comme Bruce Banner qui, quand il stresse, se transforme en l'incroyable Hulk.

Le FIPV, ce coronavirus-hulk, a la capacité de passer la barrière intestinale (néanmoins, des coronavirus bénins peuvent aussi passer dans le sang sans que ce soit lié au déclenchement d'une PIF). Il s'en va infecter d'autres organes, avec sa puissance pathogène décuplée.
Plus précisément, il a la capacité d'infecter les macrophages (eux, ce sont les cellules du système immunitaire qui font "place nette" en "croquant" les agents infectieux, un peu comme des Pacman qui gobent des pacgommes). Résultat, le système immunitaire est tout perturbé par l'intrusion du virus de la PIF, et le combiné anormal macrophage/FIPV/anticorps dans le sang crée des lésions dans les vaisseaux sanguins où il se forme (en cela, la PIF est une maladie auto-immune : les agents du système immunitaire sont "détournés" et se retournent contre l'organisme au lieu de le protéger).

Ce phénomène de mutation des FeCV en FIPV se produit chez 2[1] à 10%[2] des porteurs de coronavirus entéritiques bénins. On s'entend généralement sur une moyenne de 5%[3]. Ou, dit dans l'autre sens, ce phénomène de mutation ne se produit pas chez 90 à 98% des chats porteurs de coronavirus.
C'est un seul et même fait, on le considère simplement avec optimisme ou pessimisme.

Les facteurs favorisant la mutation des FeCV en FIPV

Tout n'est pas cerné en la matière, mais différents facteurs, se combinant éventuellement, peuvent favoriser la suite de mutations d'où résulte le virus de la PIF:

A quoi ça ressemble une PIF ?

La PIF est une maladie tout à fait multiforme : tout dépend en fait à quel endroit du corps l'infection a lieu. Les symptômes dépendent des vaisseaux sanguins touchés et de leur localisation (quels organes).

Il existe deux grandes formes de PIF :

Dans tous les cas, la PIF peut ressembler dans ses symptômes à de nombreuses autres maladies (perte d'appétit, perte de poids, fièvre...), d'où une difficulté notoire à obtenir un diagnostic de certitude...

Un chat atteint de PIF n'est pas contagieux pour ses congénères : il n'excrète plus de coronavirus (au contraire, ses coronavirus mutés attaquent l'intérieur de son corps, et c'est là tout le problème). La PIF ne s'attrape pas directement.
Ce fait a conduit les chercheurs travaillant sur la PIF à postuler que les chats atteints de PIF représentent peu vraisemblablement un risque pour les autres chats, et qu'ainsi, il n'est pas nécessaire de les isoler[8].

Notamment dans sa forme humide, la PIF est une maladie qui ne laisse que peu de répit, et a une issue inéluctable. Cependant, les dernières années ont vu les perspectives de traitement s'améliorer, permettant rémission, et, pour 25% des chats traités, une guérison complète[9].

La science avance... au rythme qu'elle peut

Dépistage & diagnostic de la PIF

Un diagnostic de certitude de la PIF est l'un des plus diffiles à réaliser, et s'appuie sur un faisceau de paramètres. Et encore, la certitude complète n'est souvent acquise qu'à l'autopsie.

La seule présence d'anticorps au FCoV NE CONSTITUE PAS un diagnostic de PIF, lorsque ce diagnostic n'est pas corroboré par les autres paramètres du profil[10].

Il n'existe pas de "test PIF" en routine : ce qui existe, ce sont des tests pour la famille des coronavirus félins, sans distinction entre coronavirus entéritiques banals et le virus de la PIF. Il existe :

Des tests sérologiques : il s'agit de savoir si le chat a des anticorps pour la famille des coronavirus félins.
La plupart de ces tests utilisent la technique ELISA, mais certains, plus spécifiques pour le titrage d'anticorps, recourent à d'autres méthodes (IFA).
Suivant les tests, la réponse est donnée sur le mode oui/non ou avec une indication quantitative sur le taux d'anticorps. Un test positif signifie que le chat a, à un moment de sa vie, été en contact avec des coronavirus (du coup il a développé des anticorps pour cette famille virale).
Il ne donne aucune indication sur son statut excréteur (contagieux) ou non - avec une nuance pour les tests les plus "élaborés" qui permettent, dans une certaine mesure, une corrélation entre état excréteur et titrage d'anticorps. Environ un chat porteur d'anticorps aux FCoV sur trois est excréteur seulement.
Il ne s'agit pas non plus d'un outil prédictif de développement de PIF. Par contre, les plus élaborés, qui donnent un titrage quantitatif, sont utilisés comme un indicateur dans le faisceau d'indices pour un diagnostic de PIF (en eux-mêmes ils ne suffisent pas cependant, il y a une série d'autres examens pour un diagnostic de certitude).
Les différents tests commercialisés sont plus ou moins fiables (plus ou moins de faux positifs, plus ou moins de faux négatifs...).
Ce mode de dépistage est privilégié dans le cadre d'une "négativisation" d'un groupe de chat, jusqu'à obtenir une sérologie très basse, gage de "vraie négativité".

Des tests directs de détection virale utilisant la technique RT-PCR : cette fois il s'agit de rechercher la présence de coronavirus, directement "à la source".
Un prélèvement par écouvillon rectal (Minou apprécie généralement beaucoup !) est analysé et permet de savoir si le chat est excréteur (et, partant donc, s'il est porteur de coronavirus).
Le laboratoire qui réalise ce test en France, Scanelis pour ne pas le nommer :-D, utilise une échelle de notation en 6 grades.
Là non plus, il ne s'agit pas d'un outil de prédiction de développement de PIF. Et le prélèvement rectal n'est pas du tout un outil de diagnostic de la PIF (les chats atteints de PIF n'excrètent plus de coronavirus entéritiques dans leurs selles, au contraire leurs coronavirus mutés logent maintenant dans leur corps : dans le cadre d'un diagnostic de PIF, c'est un prélèvement sur les épanchements qui sera fait et analysé par méthode PCR).
C'est ce type de tests qu'utilisent beaucoup les éleveurs félins, tant pour gérer un environnement corona-positif, afin de savoir qui excrète (et surtout qui excrète peu ou pas et qui excrète beaucoup), que pour gérer un environnement corona-négatif à l'introduction d'un nouveau chat.

Avec le temps, sauf "cercle de réinfection" par la litière, beaucoup de chats "se négativisent" : ils cessent d'excréter des coronavirus (seulement 13% des chats exposés à des coronavirus restent excréteurs tout au long de leur vie[11] -- sans que cela implique, pour ces excréteurs chroniques de FCoV, une prédisposition plus importante à développer une PIF), puis, dans un délai qui peut aller jusqu'à 2 ans, leur charge d'anticorps aux coronavirus baisse progressivement jusqu'au dessous du seuil de positivité.

Perspectives de vaccination

Il existe déjà un vaccin coronavirus (Primucell de Pfizer pour ne pas le nommer non plus), mais il n'a pas reçu son autorisation de mise sur le marché en France. C'est un vaccin intranasal. Sa principale limite, et elle est majeure, est qu'il n'est efficace que sur des chats n'ayant jamais été en contact avec des coronavirus, et à partir de la 16° semaine seulement[12]. Or, les chatons d'une mère porteuse de coronavirus sont généralement exposés aux coronavirus de leur mère bien avant, vers 5-6 semaines.
Administré sur des chats n'ayant jamais été exposés aux coronavirus, il a une efficacité de l'ordre de 50 à 75% pour contrer le risque de PIF[13].
A noter aussi qu'il est basé sur des souches virales américaines, qui ne sont pas les plus fréquentes en Europe.

Aujourd'hui, la meilleure connaissance du code génétique des coronavirus bénins et de la PIF ouvre des perspectives de vaccins spécifiques, même si leur développement prendra quelques années...

Bon OK... mais concrètement : coronavirus ou pas coronavirus ?

Dans un monde imparfait, il n'y a pas de solution idéale. Juste des options et des choix (assumés).

Option "tout"

... ou plutôt "un peu", en tout cas.

C'est une option qui s'appuie sur la situation épidémiologique : les coronavirus étant à la fois très prévalents et contagieux, une première possibilité est de conserver un environnement coronavirus-positif (avec des seuils raisonnables d'excrétion et de pression de contamination pour éviter une trop forte exposition augmentant les risques de PIF), en s'appuyant sur deux données : 1. La faible proportion de chats infectés aux coronavirus qui développent une PIF et 2. En parallèle, le plus grand risque pour des chats coronavirus-négatifs de développer une PIF s'ils sont placés en environnement coronavirus-positif, de sorte que, tout mis dans la balance, si le chat doit un jour être placé en environnement coronavirus-positif, il vaut mieux, en termes de risques et de probabilités, qu'il le soit déjà.

Parallèlement, comme une prédisposition génétique semble être impliquée (résistance ou susceptibilité), certaines études ayant évalué son influence jusqu'à 50% des facteurs en jeu[14], un objectif de sélection vers plus de résistance est sous-tendu.

L'inconvénient d'un environnement coronavirus-positif est que le risque de PIF existe par définition.

La corona-positivité est l'option ici, et je suis toute disposée à en développer les raisons.

... Ou option "rien"

C'est la situation inverse, en termes d'avantages et d'inconvénients.

Dans un environnement coronovirus-négatif, il n'y a pas de risque que certains porteurs de coronavirus voient ceux-ci muter en virus de la PIF, puisqu'il n'y a tout simplement pas de coronavirus (cqfd). A l'évidence, cela en fait la situation idéale.

L'inconvénient, réciproquement, est qu'un chat coronavirus-négatif, s'il est un jour exposé à des coronavirus, se trouve soudain en proie à des risques forts.


Il y a aussi des "solutions d'entre-deux", comme éviter la transmission de coronavirus des adultes aux chatons, mais cela suppose qu'ils en soient séparés, y compris de leur mère (sevrage précoce) après 5 semaines, ce qui est un inconvénient plus que majeur (!) en terme de socialisation du chaton.


Myriam Gullaud a parfaitement résumé les enjeux de l'alternative : Chaque éleveur doit prendre ses responsabilités face à cette maladie, et ne pas jouer la politique de l'autruche. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie assumer les risques décrits plus haut. Vous avez choisi d'avoir des chats positifs ? Alors, assumez-le pleinement, et acceptez d'informer les futurs propriétaires sur les risques encourus par le chat. Offrez une garantie : vos lignées sont sélectionnées sur la résistance à la PIF, cette garantie a donc peu de risque d'avoir à fonctionner, mais elle doit être offerte pour une question évidente d'éthique. Je ne pense pas que personne me contredira sur ce point. Vous avez une chatterie négative ? Vous vous dites que par conséquent, vous ne devez rien à personne, et que ce n'est pas votre faute si l'un de vos chatons décède de la PIF… Et bien, à mon sens, vous avez tord ! Il me semble avoir parfaitement décrit le risque qu'un éleveur travaillant avec un effectif négatif accepte de faire prendre à ses chatons... A vous, donc, d'assumer également. J'ajoute qu'il faut aussi prendre en compte le fait que la condition physique du chat joue un rôle dans le déclenchement de la PIF, de même que le stress. Or, il est du devoir de l'éleveur de veiller à la bonne condition physique du chaton, et à réduire le stress du nouvel environnement au maximum, grâce au travail de socialisation. En d'autres termes, même si la chatterie est négative, l'éleveur conserve une responsabilité face à la PIF. Je suis d'avis que dans ce cas aussi, une garantie devrait être offerte à l'acquéreur du chaton[15].

D'autres lectures en ligne

Si votre chat est malade, consultez votre vétérinaire

Liens vérifiés le 29/04/07

La péritonite infectieuse féline (Sphynx Club de France) - Un article très clair et de lecture aisée.

Myriam Gullaud, Le point sur la PIF - Un article plus technique, mais d'une grande clarté.

Le site du Dr. Addie en français (Catvirus.com)

En déc. 2005 a eu lieu à l'ENVT un séminaire sur l'actualité de la péritonite infectieuse féline : il est possible d'en commander les actes sur le site de la Société Française de Félinotechnie.
Les articles de ce recueil sont aussi reproduits sur le portail Maine Coon France.
Et on en trouve un compte-rendu sur le portail Birmania and co (Florence Girard).

... par le "nerf de la guerre" :

Angelica FIP Memorial Trust (Laboratoire du Dr. Addie, Université de Glasgow)

Le Bria Fund (Winn Feline Health Foundation).

[1] Dr. Sophie Le Poder, La quarantaine, un passage obligatoire?, Actualités sur les fautes d'hygiène et leurs conséquences en élevage félin, séminaire SFF, 28/04/07.

[2] Dr. Diane Addie, Quoi de neuf concernant la recherche ?

[3] Drs. Pedersen, Foley et Poland, FAQ regarding Feline Infectious Peritonitis/Feline Enteric Coronavirus (FIP/FECV), UC Davis.

[4] De Groot, J., et al, Natural History of a Recurrent Feline Coronavirus Infection and the Role of Cellular Immunity in Survival and Disease, JVI, 2004.

[5] Hok, K, Morbidity, mortality and coronavirus antigen in previously coronavirus free kittens placed in two catteries with feline infectious peritonitis, Acta Vet. Scand., 34(2), pp. 203-10, 1993.

[6] Dr. Diane Addie, Quoi de neuf concernant la recherche ?
et Addie, D, Jarrett, O, Use of a reverse-transcriptase polymerase chain reaction for monitoring the shedding of feline coronavirus by healthy cats, Vet. Rec., mai 2001.

[7] Dr. Diane Addie, Genetic and hereditary conditions - Predisposition to development of Feline Infectious Peritonitis
Pesteanu-Somogyi, L.D., et alii, Prevalence of feline infectious peritonitis in specific cat breeds, J Feline Med Search, 2006.
Bell, ET, et alii, The relationship between the feline coronavirus antibody titre and the age, breed, gender and health status of Australian cats, Aust Vet J, 2006.

[8] Dr. S. Little, A Winn Foundation Health Article On ... Feline Infectious Peritonitis.

[9] Dr. Diane Addie, Feline Infectious Peritonitis (FIP) Treatment, (2000-2006).

[10] Dr. Diane Addie, Qu'est-ce que la PIF - Diagnostic de la PIF (2000-2006).

[11] Dr. Diane Addie, Quoi de neuf concernant la recherche ?

[12] Reeves, NC, et al., Long-term follow-up study of cats vaccinated with a temperature-sensitive feline infectious peritonitis vaccine, Cornell Vet, 1992.

[13] Dr. Diane Addie, Prevention of Feline Coronaviruses (FCoV) infection

[14] Dr. Janet Fowley, A Winn Feline Foundation Report On ... Feline Infectious Peritonitis - Virus Shedding and Infection - The American Experience
Dr. S. Little, A Winn Foundation Health Article On ... Feline Infectious Peritonitis.

[15] Myriam Gullaud, Le point sur la PIF

© Elevage Ailuropus, chatterie de chats de race Maine Coons, Paris, Ile de France