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La dysplasie des hanches, c'est quoi ?

Une maladie héréditaire complexe

Comment faire évaluer les hanches de ses chats ?

Patella luxation

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La dysplasie des hanches, c'est quoi ?

Petit jeu interactif - Regardez votre bassin. Vos jambes y sont articulées. Au bout du fémur (l'os au centre de votre cuisse), il y a une espèce de boule ronde, la tête fémorale, qui vient se loger dans une cavité ronde de votre bassin faite exprès pour, qu'on appelle acetabulum en anatomie (mais ça, c'est juste pour avoir le camembert vert au Trivial Pursuit).

L'articulation de la hanche des chats fonctionne de la même manière.

Sauf que... en cas de dysplasie, la tête du fémur ne s'articule pas comme elle le devrait dans le bassin. L'emboîtement des deux n'est pas parfait, parce que l'articulation n'est pas formée tout à fait comme elle le devrait. C'est le sens du mot dysplasie : "défaut de construction" (ceci vous permettant de gagner un camembert marron).

A cause de cette malformation de l'articulation de la hanche, la tête du fémur n'est pas bien "maintenue" en place : elle peut plus ou moins se déboîter, et, surtout, à force, les cartilages peuvent finir par s'user, par "érosion", à cause de frottements anormaux. C'est une conséquence de la dysplasie, assez douloureuse : les os peuvent finir par frotter directement les uns contre les autres si les cartilages sont complètement érodés. Le chat fait de l'arthrite. Le corps peut alors réagir un peu comme une huître qui fabrique une coquille pour se protéger, et fabriquer davantage de matière osseuse en compensation, ce qui agrave en fait les choses.

Dans les cas les plus sévères, la dysplasie se verra "à l'œil nu", parce qu'à cause de son articulation abîmée, le chat boîtera ou aura du mal à faire des sauts. Mais dans la plupart des cas, elle passera inaperçue, d'autant plus que les chats sont d'excellents comédiens pour masquer leur douleur.

La dysplasie des hanches touche 6% environ des chats en général[1], mais son incidence est fortement liée à la race (une population "fermée" au sein de l'espèce féline). Selon les statistiques de l'OFA, le Maine Coon est la première race féline concernée[2].

Une maladie héréditaire... complexe, mais tout de même héréditaire

La dysplasie des hanches n'est pas due au fait que les Maine Coons sont de grands chats. Elle n'est pas due au fait qu'ils font des bonds et retombent sur leurs pattes, ni au fait qu'ils fond des bonds et, parfois, ne retombent pas sur leurs pattes. Elle n'est pas non plus due au fait qu'un chat vient d'une portée nombreuse, et que son frère lui appuyait sur les hanches dans le ventre de leur maman. Elle est bien liée à des facteurs héréditaires.

Bien entendu, des facteurs extérieurs peuvent agraver la situation (ou, si on a de la chance, retarder l'apparition du problème ou minimiser son impact), mais sa cause première est bien génétique. En second lieu, la taille/le poids du chat peut bien entendu jouer un rôle dans le développement du problème.

Un mode de transmission polygénique

Une maladie polygénique implique plusieurs gènes (plusieurs comme dans "poly"). Pour qu'un chat présente une dysplasie des hanches, il faut que plusieurs gènes "défectueux" soient présents et interagissent entre eux.

Vraisemblablement, un certain seuil est nécessaire. Mais combien de gènes ? Lesquels ?

Ca rend forcément les choses plus compliquées. Ce n'est pas noir/blanc. Par exemple, disons que seuls quelques uns de ces gènes sont présents et s'expriment. Le chat pourra alors être "un peu" dysplasique. Il y a une graduation de la sévérité d'une dysplasie, qui est en fait une échelle quasi continue, tous les polygènes apportant un peu de "plus" ou de "moins".

On peut aussi imaginer que la mère porte certains de ces gènes, mais que, dans son "cocktail" de gènes à elle, cela donne des hanches normales. Et qu'en face, le père ait une autre partie de ces gènes "défectueux", mais que dans l'interaction de ses gènes à lui, ça soit compensé et qu'il ait des hanches acceptables. Pourtant, mariés entre eux, ils pourront avoir un chaton très dysplasique. On appelle aussi ça : "manquer de bol" (sans lien avec la forme de l'articulation).

Donc ce n'est pas la peine d'avoir des chats dépistés, si on ne peut rien prévoir à l'avance ?

Non, pas tout à fait. Connaître l'état des hanches de ses chats de reproduction permet d'abord d'éviter les "mariages à risque", dans la mesure où deux chats avec des "hanches pas terribles" ont quand même plus de risques de donner des chatons dysplasiques que deux chats avec des hanches parfaites.

Il ne s'agit pas du tout de neutrer tous les chats qui n'ont pas des hanches excellentes, mais de savoir exactement ce qu'il en est pour choisir les mariages de manière informée. Il vaut mieux prévenir que guérir - certes, dans les limites des connaissances actuelles et des possibilités qu'offrent la médecine vétérinaire à ce jour. Mais ce n'est pas parce qu'on ne peut pas tout savoir qu'il faut préférer ne rien savoir.

Exemple d'historique de la parentèle proche et éloignée (ouverture dans une nouvelle fenêtre)

Le but est aussi de ne pas répandre le problème de la dysplasie largement, comme on peut le voir chez le chien. Là aussi, il s'agit de prévenir plutôt que de devoir guérir. En faisant faire un "état des lieux" des hanches de ses chats, on s'inscrit, en amont et en aval, dans un travail de suivi de lignées qui aidera les autres éleveurs.

Pour gérer une pathologie polygénique, on ne peut que s'inscrire dans la coopération et la durée, en suivant les générations - qui, c'est bien connu, se suivent mais ne se ressemblent pas. Les bases de données disponibles permettent ainsi d'avoir des informations sur la parentèle de ses chats de reproduction, qui, étudiées rigoureusement, permettent d'estimer les risques d'un mariage.


Chez le chien, les programmes de santé consistant à dépister pour la dysplasie des hanches tendent à avoir acquis, parfois, une mauvaise réputation, dans la mesure où, bien qu'anciens de quelques décennies pour certains, l'incidence de la dysplasie n'a pas forcément diminué de manière significative dans certaines races.

Dans le cadre de la gestion d'une maladie polygénique, force est de reconnaître que les informations fournies par le suivi des ascendants directs n'est que partiellement informative : on doit intégrer le suivi des collatéraux pour avoir une meilleure vue de la situation et une meilleure estimation du risque. En cela d'ailleurs, cela fait du suivi de la dysplasie un vrai "travail d'équipe".

Quelle est l'incidence de la dysplasie des hanches chez le Maine Coon ?

Une estimation, fournie par l'Université de Pennsylvanie, a évalué l'indicidence de la dysplasie des hanches chez le Maine Coon à 45% (étude portant sur 140 Maine Coons, dont 3 présentaient des signes cliniques extérieurs) en 2000[3].

L'incidence de la dysplasie chez le Maine Coon sur l'ensemble des radios évaluées par l'OFA est de 22,6%[4].

Dans le cadre du programme de santé HD de Pawpeds, en 2004, 46,7% des chats évalués présentaient des hanches dysplasiques - respirez : seulement 3,5% de formes sévères. Sur les mariages entre parents aux hanches normales évaluées à la génération précédente, cette indidence tombait à 32,5% (aucun cas sévère)[5]. Cela fonde de bons espoirs, à long terme, d'endiguer progressivement l'incidence de la dysplasie, génération après génération, et, à court terme, d'éviter les mariages à risque pouvant donner des formes sévères, handicapantes et douloureuses pour le chat.

Comment faire évaluer les hanches de ses chats ?

L'évaluation du programme de santé Pawpeds comme de l'OFA est réalisée à partir d'un cliché radiopgraphique, les pattes en extension, parallèles les unes aux autres.

Le programme de santé HD de Pawpeds

Depuis 6 ans, le Swedish Maine Coon Club a mis en place un programme de collecte des radios de hanches de Maine Coons, afin de déterminer l'incidence de la dysplasie dans cette race. D'autres clubs de race ont depuis rejoint ce projet.

Le chat doit avoir plus d'un an pour que les interprétations puissent être conclusives. Auparavant, les résultats sont provisoires.

Plus de renseignements...
Comment ça marche ?

Un vétérinaire spécialisé, le Dr. Lars Audell, évalue les radios qui lui sont adressées.

L'échelle utilisée retient 5 grades : normal, limite (borderline), dysplasie légère (grade 1), dysplasie moyenne (grade 2), dysplasie sévère (grade 3).

Vous pouvez voir une illustration de ces différents grades (chatterie Ylletrollets).

Les résultats sont publiés sur la base de donnée Pawpeds, avec l'accord du propriétaire (petit onglet [h] à côté du nom du chat).

L'idéal est de marier des chats aux hanches normales. Les chats avec une dysplasie légère (grade 1) ne devraient être mariés qu'avec des chats aux hanches normales.

De quoi avez-vous besoin ?
Tous les liens utiles à lire (en français) :

Présentation générale du programme de santé HD

Radiographie des hanches : infos pour le propriétaire de chats

Radiographie des hanches : informations pour le vétérinaire (à imprimer pour embêter votre vétérinaire avec lors de l'examen)

Compléments d'informations, par une éleveuse qui vous garantit que c'est simple (chatterie de l'Ile des Lionnes)

 

L'évaluation par l'OFA

L'OFA (Orthopedic Foundation for Animals, université du Missouri), dédiée à la santé canine, a étendu ses évaluations pour la dysplasie des hanches aux chats. Il existe une base de données pour le Maine Coon.

L'évaluation définitive n'est effectuée que si le chat a plus de 2 ans. Auparavant, les résultats sont préliminaires.

Plus de renseignements...
Comment ça marche ?

On envoie ses radios et elles sont évaluées par les vétérinaires spécialisés en orthopédie de l'OFA.

L'échelle utilisée a 7 notations :

Voir les illustrations des différents grades (photos de hanches de chiens).

Les résultats seront publiés sur la base de données de l'OFA.

L'OFA ne recommande de mettre en reproduction que les chats évalués comme ayant des hanches normales (excellentes, bonnes ou correctes) avec cette échelle.


De quoi avez-vous besoin ?

Ca ne change pas beaucoup :

Tous les liens utiles (en anglais)

Description du processus d'évaluation

Base de données de l'OFA.

A savoir : l'OFA peut aussi faire l'évaluation des genoux (recherche de patella luxation) en même temps (15$ pour l'évaluation d'un chat / 10$ par chat à partir de 3 / 7,50$ à partir de 5). Une base de donnée a été démarrée pour le Maine Coon (il y en 4 pour l'instant, donc c'est vraiment le début !).

 

Remarque - Ni Pawpeds, ni l'OFA ne retournent les clichés. Pour conserver une copie, il faut demander un second exemplaire au vétérinaire qui fait la radio.

La méthode PennHIP (pour information)

La technique d'évaluation mise au point par le programme PennHIP de l'université de Pennsylvanie est différente : en plus de l'axe flexion/extension, elle prend en compte d'autres axes, pour évaluer notamment la laxité de l'articulation, considérée comme le signe premier de la dysplasie.

Pour cela, outre la vue en hyperextension, deux autres clichés sont pris, dans d'autres positions : la vue en distraction, qui examine si l'articulation est lâche, c'est-à-dire si la tête fémorale sort de son axe, et la vue en compression, qui sert à préciser la congruence de la tête fémorale et de l'acétabulum (illustrations des trois vues, les images parlant plus qu'une tonne de mots compliqués).

Un indice est calculé à partir de la vue en distraction, l'indice de distraction ou indice de laxité (distraction index, DI). Un indice à 0 veut dire qu'il n'y a aucune laxité de l'articulation. Un indice égal à 1 signifie une laxité maximale, c'est-à-dire que la tête du fémur sort complètement de l'acétabulum.

Dans une étude sur 82 Maine Coons, dont un tiers étaient dysplasiques, l'indice de distraction moyen était de 0,51. Aucun chat avec un DI inférieur à 0,4 n'a présenté de problèmes articulaires[6].

Comme cette méthode d'évaluation demande un équipement spécial et une formation à son utilisation, ce procédé est encore très peu disponible pour les éleveurs dans le cadre d'un dépistage. En revanche, si on a un chat atteint de dysplasie, il peut être utile de le rapporter au Dr. Murphy, afin de faire progresser les recherches. L'université de Pennsylanie travaille en collaboration avec le laboratoire du Dr. Lyons (Feline Genome Project) pour caractériser l'hérédité de la dysplasie des hanches chez le chat.

Patella luxation

Patella luxation signifie luxation de la rotule en latin (ceci pour avoir quand même le camembert marron, en cas d'oubli sur dysplasie). L'articulation du genou présentant des "défauts", la rotule a alors tendance à se déboîter.

Ce problème est très peu documenté chez le chat. De multiples causes peuvent potentiellement conduire à une luxation de la rotule (facteurs extérieurs comme la "mauvaise chute", problème congénital, prédisposition héréditaire...). Il y a plusieurs formes différentes de laxité de l'articulation.

Des études ont cherché s'il pouvait y avoir corrélation entre la dysplasie des hanches et la patella luxation. Quand un chat présente une dysplasie des hanches, il a trois plus de risque de présenter aussi des problèmes d'articulation de la rotule[7]. Reste à confirmer un tel lien et à le déterminer... symptôme secondaire, "mécaniquement" à cause de la mauvaise forme de la hanche ? une partie des mêmes polygènes impliqués mettant sur une piste héréditaire ?

Néanmoins, une patella luxation peut apparaître indépendamment d'une dysplasie des hanches. Il n'a pas été conclu à une corrélation forte. En revanche, il a été estimé que l'incidence de la patella luxation pourrait être plus importante chez le chat qu'il n'avait été pensé auparavant[8].

D'autres lectures en ligne

Si votre chat est malade, consultez votre vétérinaire

Liens vérifiés le 27/04/07

La dysplasie des hanches chez le chat (sur Pawpeds)

Dossier sur la dysplasie des hanches, proposé par l'Association Maine Coon Test.

La dysplasie des hanches, mythe ou réalité ? La radio présente-t-elle un risque pour le chat ? Explications... (Chatterie de l'Ile des Lionnes, Maine Coons)

Barbet, Armand, Techniques d'examen orthopédique de la hanche des carnivores domestiques, thèse de doctorat vétérinaire (ENVA), 2002 - format pdf.

Little, Susan, Dysplasie de la hanche chez le chat, 1998 (Winn Feline Health Foundation) - format pdf.

Feline Hip Dysplasia Awareness (FHDA). Site d'information cumulatif.

PennHIP - University of Pennsylvania Hip Improvement Program

Site de l'OFA.

Caldwell, Beverley, What can you do to reduce feline hip dysplasia, 1998. Une notice simple des points-clefs, à destination des éleveurs.

Hovan, Rhonda, Collecting and utilizing phenotypic datas to minimize disease : a breeder's practical guide (format pdf). Article très intéressant sur l'utilisation des bases de données pour informer son programme d'élevage personnel.

Keller, Greg, The use of health databases and selective breeding - a guide for dog & cat breeders and owners (format pdf, 77 pages, un chapitre sur l'HD et un chapitre sur la PL), 4° édition, OFA, 2003.

Keller, Greg ; Corley, E. Hip dysplasia : Orthopedic Foundation for Animals data on Maine Coon cats, Scratch Sheet, 1996.

Little, Susan, Feline Hip Dysplasia, 2006 - format pdf.

Little, Susan, A Winn Feline Health Foundation Report On... Hip dysplasia and Patellar Luxation in Cats, 1998. Compte-rendu des travaux du Dr. Murphy.

Murphy, Todd, Feline Hip Dysplasia : where are we ?, 1999.

Murphy, Todd, Feline Hip dysplasia : How to deal with it ?, 1998.

Murphy, Todd ; Smith, Gail, Tighter is better, 1998.

Power, Coleen, Hip dysplasia in cats, Persian News, 1992.



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[1] Keller, G, et alii, Hip dysplasia: a feline population study, Vet. Ultrasound Pathol, 1999 (lien vers le résumé).

[2] Statistiques par race de l'OFA (en anglais).

[3] Compte-rendu du 23° symposium annuel félin de l'UPenn, Feline Hip Dysplasia--A Discussion with Emphasis on Maine Coon Cats, Bellwether (actualités de l'Université de Pennsylvanie), 47, 2000.

[4] Statistiques par race de l'OFA (en anglais).

[5] Programme de santé de Pawpeds

[6] Smith, GK, et alii, Patella luxation and hip dysplasia in a group of cats, First International Feline Genetic Disease Conference, University of Pennsylvania, Philadelphia, 1998.

[7] Compte-rendu du 23° symposium annuel félin de l'UPenn, ibid.
Smith, GK, et alii, Evaluation of the association between medial patellar luxation and hip dysplasia in cats, J Am Vet, 1999 (lien vers le résumé).

[8] Smith, GK, et alii, Patella luxation and hip dysplasia in a group of cats, First International Feline Genetic Disease Conference, University of Pennsylvania, Philadelphia, 1998.

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