La cardiomyopathie hypertrophique (CMH ou HCM) consiste en un épaississement du muscle cardiaque, le myocarde (les parois du cœur).
Plus précisément, c'est généralement le côté du ventricule gauche (celui qui expulse le sang fraîchement oxygéné) qui est hypertrophié.
Encore plus précisément, une cardiomyopathie hypertrophique peut avoir une apparence différente d'un individu à l'autre : l'hypertrophie peut toucher d'abord le côté gauche de la "séparation" entre les deux ventricules, qu'on appelle le septum interventriculaire, ou bien la seule paroi libre du ventricule gauche (formes asymétriques), ou encore affecter dès le départ aussi bien le septum interventriculaire que la paroi ventriculaire gauche (forme symétrique).
Les muscles papillaires (piliers) du ventricule gauche peuvent également s'épaissir (cela peut même être l'un des tous premiers signes, avant l'épaississement du muscle cardiaque dans son ensemble).
Pas très à l'aise avec l'anatomie cardiaque ?
Rafraîchissez vous la mémoire avec ce schéma interactif du cœur ! (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
Le cœur épaissi peut avoir de plus en plus de mal à assurer sa fonction de "pompe" du sang correctement : le flux normal du sang dans le ventricule gauche peut être perturbé et il peut y avoir stagnation ou reflux vers l'oreillette gauche (associée à une détérioration de la valvule qui sépare l'oreillette gauche du ventricule gauche). Le chat aura alors généralement un "souffle au cœur".
Ci-dessous, le schéma de gauche représente une coupe de cœur normal, celui de droite une coupe de cœur atteint de CMH. On peut voir l'épaississement de l'ensemble des parois ventriculaires gauches. Le sang a, dans cet exemple sévère, moins de "place" dans le ventricule : le volume ventriculaire réduit pose alors des difficultés de remplissage.
On peut remarquer aussi que la taille du cœur du chat atteint est plus importante : les chats atteints d'HCM ont un grand cœur, mais cela les fait souffrir.


Ces schémas sont extraits de l'atlas félin de Hills.
Au fur et à mesure de l'évolution de la maladie, différents symptômes secondaires peuvent apparaître :
L'HCM est une pathologie évolutive. Un chat atteint peut connaître des phases de rémission dans la progression de la maladie, aussi bien que des phases d'accélération brutale. Il n'est malheureusement pas possible de prévoir ces variations a priori.
Une cardiomyopathie hypertrophique a une apparence, une sévérité et un âge d'apparition très variables entre individus, y compris quand il s'agit de la même forme d'HCM transmise au sein d'une même lignée.
Un chat atteint d'HCM n'est pas nécessairement condamné à brêve échéance : on peut lui donner un traitement pour agir sur les symptômes (mais malheureusement pas sur les causes) et il peut vivre plusieurs années aux côtés de ses humains, si la forme d'HCM dont il est atteint n'est pas trop sévère[1].
Il existe plusieurs autres types de cardiomyopathies félines (RCM, DCM, UCM) (ouverture dans une nouvelle fenêtre).
De plus, certaines maladies peuvent donner au cœur la même apparence que si le chat était atteint d'HCM (mais il ne s'agit pas d'HCM -- c'est comme le Canada Dry, ça a le goût de la bière, mais ce n'est pas de la bière).
Un diagnostic d'HCM en tant que telle ne peut être établi que lorsque ces causes ont été écartées, en particulier chez le chat âgé, grâce notamment à un bilan sanguin complet.
L'HCM se transmet sur un mode autosomique dominant. Cela signifie qu'une seule copie de l'allèle muté pathogène est suffisante pour que la maladie se développe (dominance), et que les deux sexes peuvent être atteints (mode autosomique).
L'âge d'apparition de la maladie est extrêmement variable.
Pour information - Toutes formes confondues et chez le chat en général, l'âge moyen d'apparition des symptômes est de 7 ans, avec une fourchette qui s'étend de 3 mois à 17 ans[3].
Au printemps 2005, il a été rendu public qu'une mutation causative d'HCM chez le Maine Coon avait été identifiée et séquencée[4].
Un test ADN est disponible depuis décembre 2005.
Il s'agit d'une mutation au sein du gène MyBPC3, gène qui code la protéine C cardiaque de liaison à la myosine (c-MyBPC pour cardiac myosin-binding protein C en anglais).
Cette mutation est située au début du gène MyBPC3. Les mutations de ce gène sont parmi les causes les plus fréquentes d'HCM chez l'homme.
Le muscle cardiaque est constitué d'un ensemble de cellules très spécialisées, faites d'un assemblage "d'unités de contraction". Ces unités de contraction élémentaire s'appellent les sarcomères cardiaques.
Tous ces petits sarcomères se contractent à l'unisson... et c'est ainsi que le cœur bat.
Voici le schéma d'une cellule du muscle cardiaque (tous les "petits rectangles" sont autant de sarcomères à l'intérieur ; ils sont alignés les uns à la suite des autres, ce qui constituent des petites fibres -des fibrilles-, qui elles-mêmes forment ensemble les fibres musculaires cardiaques) :

Image tirée de Cours d'histologie de PCEM1 - CHU-Pitié-Salpêtrière
Les sarcomères cardiaques, eux, sont un combiné de plusieurs protéines de structure, assemblées en "mécanisme coulissant". C'est grâce à cette fonction "coulissante" des sarcomères (et des protéines qui le constituent) que le cœur peut se contracter.
Voici la vue microscopique d'un de ces sarcomères, qui est un peu comme un lego coulissant de protéines bien alignées et connectées entre elles :

Les protéines C cardiaques de liaison à la myosine font partie de ces protéines structurelles du sarcomère cardiaque. Elles jouent un rôle dans la stabilité générale de cet assemblage contractile et sont "attachées" aux autres protéines sarcomériques (notamment la myosine, comme leur nom l'indique, mais pas seulement).
Regardons maintenant un sarcomère schématisé. Les protéines C cardiaques de liaison à la myosine (c-MyBPC), stabilisatrices et régulatrices, occupent une place transversale dans le "plan de montage" de notre "légo coulissant" :
Image tirée de Oakley, E, et al, Myosin binding protein C: Structural abnormalities in familial hypertrophic cardiomyopathy 2004.
Mais "zoomons" encore un peu sur ce mécanisme... Les protéines C cardiaques de liaison à la myosine sont représentées par les "bubulles bleues" sur le schéma du sarcomère ci-dessous. On voit qu'elles sont liées aux autres de manière transversale.

Comment ça marche ? -
Les protéines d'actine (en rouge) et les protéines de myosine (les filaments gris-verts)
sont de longs filaments qui "coulissent".
Les têtes de la myosine (les grosses "clanches" jaune) doivent venir
se loger dans les points de fixation de l'actine pour produire le mouvement.
C'est ainsi que, normalement, quand ces protéines coulissent,
elles font se raccourcir les sarcomères (et donc les fibrilles musculaires,
et donc les fibres musculaires... et donc le muscle cardiaque, qui se contracte de la sorte).
En schéma ultra-simplifié (réduit aux filaments d'actine et de myosine et aux têtes de la myosine), ce va-et-vient permanent donne ceci :

La mutation HCM1 du gène MyBPC3 identifiée chez le Maine Coon consiste en la mutation d'un seul codon L'unité de code de l'ADN ou de l'ARN, composée de 3 nucléotides dans la séquence qui code cette protéine.
Au lieu d'un codon GCC (guanine - cytosine - cytosine), il y a un codon CCC. Ce type de mutation, où un nucléotide La plus petite unité de l'ADN. Trois nucléotides forment un codon, qui est traduit en acide aminé, l'unité de base des protéines s'est substitué à un autre, s'appelle une mutation ponctuelle.
A cause de cette substitution, le codon CCC appelle un acide aminé L'unité de base des protéines de proline quand la protéine est fabriquée, au lieu d'un acide aminé d'alanine comme le ferait un codon GCC. Autrement dit, la protéine fabriquée n'est pas tout à fait la bonne !
La mutation identifiée se situe au début du gène,
et c'est ainsi au début de la protéine que la structure est différente.
Les simulations informatiques de la structure des protéines C cardiaques de liaison
à la myosine normale et mutée montrent que la protéine mutée
est repliée au départ (voir image ci-dessous - la différence de structure est encadrée).
Image tirée de Meurs et al, A cardiac myosin binding protein C mutation in the Maine Coon cat with familial hypertrophic cardiomyopathy, déc. 2005.
Il y a moins de protéine C cardiaque de liaison à la myosine dans les cellules musculaires cardiaques des chats porteurs de cette mutation, ainsi que d'autres protéines sarcomériques auxquelles elle est connectée, dont l'actine (ci-dessous, la concentration en c-mybpc dans le muscle cardiaque de chats indemnes de cette mutation, et de chats porteurs -- la protéine est mise en évidence par la couleur verte).
Image tirée de Meurs et al, A cardiac myosin binding protein C mutation in the Maine Coon cat with familial hypertrophic cardiomyopathy, déc. 2005.
De l'instant où un chat porteur de cette mutation vient au monde, il fabrique ces protéines "défectueuses" (pour moitié environ s'il est hétérozygote, Qui a une copie de l'allèle muté et une copie de l'allèle normal. puisqu'il peut fabriquer des protéines "normales" à partir de sa version "normale" du gène ; uniquement des protéines défectueuses s'il est homozygote pour cette mutation) Qui a deux copies identiques du même allèle, en l'occurrence ici l'allèle muté
Comme on l'a évoqué, la protéine C cardiaque de liaison à la myosine est une des pièces d'un "légo" complexe, constitué également d'autres pièces, sans même parler de tous les "agents" chargés du fonctionnement du mécanisme. Au départ, celui-ci parvient à contre-balancer (tant bien que mal, cela dépend des individus) ce "défaut de fabrication" d'une de ses pièces, avec une efficacité et une durée qui varient fortement d'un chat à l'autre (pour certains chats chanceux, cela peut durer très longtemps).
Si cette contre-balance est insuffisante, les sarcomères cardiaques sont désorganisés par le fonctionnement incorrect des protéines "défectueuses". Les fibres musculaires sont toutes désordonnées et leur capacité de contraction s'en trouve perturbée.
Au lieu d'un bel alignement des sarcomères, des cellules cardiaques et des fibres musculaires...
Image tirée de Flashman et al, Cardiac Myosin Binding Protein C, Its Role in Physiology and Disease, 2004.
... les fibres musculaires sont toutes "désorientées" (la vue microscopique ci-dessous a été réalisée sur le tissu cardiaque d'un chat Maine Coon de la colonie d'étude qui a permis l'identification de cette mutation).
Image tirée de Kittleson, M.D., et alii,
Familial hypertrophic cardiomyopathy in Maine Coon cats: an animal model of human disease, 1999.
Cette désorganisation musculaire est en fait la toute première étape de la mise en place de la maladie.
Toujours par un phénomène de compensation du dysfonctionnement impliqué par les protéines défectueuses
et la désorganisation des sarcomères, le muscle cardiaque peut commencer à produire
de nouveaux sarcomères pour contre-balancer ses difficultés... une sorte de "geste de dernier espoir" en quelque sorte.
Mais à chaque fois que le cœur fabrique de nouveaux sarcomères,
il a une chance sur deux de produire un sarcomère normal et une chance sur deux de produire un sarcomère défectueux
si le chat est hétérozygote, et produit automatiquement des sarcomères défectueux si le chat est homozygote positif.
Ceci aboutit à un épaississement du muscle, qu'on appelle l'hypertrophie cardiomyopathique.
C'est malheureusement la mise en place de la maladie proprement dite,
suivant un cercle vicieux de fabrication de sarcomères supplémentaires pour compenser les difficultés de contraction
rencontrées par le cœur.
L'allèle
Un allèle est une "version" d'un gène.
En l'occurrence, on considère ici deux allèles différents :
la version "normale" du gène MyBPC3,
et sa version mutée.
muté HCM1 est :
La pénétrance désigne le pourcentage de porteurs d'un allèle muté qui en expriment les effets. Quand la pénétrance est complète, cela veut dire que tous les porteurs de l'allèle l'expriment. Quand la pénétrance est incomplète, cela signifie qu'une certaine proportion des porteurs de l'allèle ne l'expriment pas (une sorte d'exception à la règle de la dominance pour certains... bien chanceux quand il s'agit d'un allèle pathogène comme celui-ci). Induisant une maladie Quand un allèle a une expressivité très variable, il est fréquent qu'il soit aussi à pénétrance incomplète (un ensemble de facteurs minimisants pouvant compenser le problème... jusqu'au point où les symptômes n'apparaissent pas).
Dans la colonie d'étude qui a permis d'identifier cette mutation, il a été observé une pénétrance complète de cet allèle[5], c'est-à-dire que tous les porteurs de cet allèle avaient fini par déclencher la maladie, une fois adultes, à des âges variables.
Néanmoins, il apparaît de plus en plus clairement qu'il existe des exemples de pénétrance incomplète de cet allèle dans l'ensemble de la population de Maine Coons (comme c'est d'ailleurs la règle générale avec les mutations entraînant une HCM), c'est-à-dire des chats porteurs qui n'expriment jamais de symptômes. C'est, par exemple, ce que cherche à préciser l'étude menée à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort, et, le cas échéant, dans quelle proportion[6].
Des
polygènes modificateurs
Ensemble de gènes qui ont chacun des effets individuels très faibles,
mais qui modulent la manière dont un gène majeur
(définissant un "caractère net") s'exprime.
Ils agissent un peu à la manière d'un ensemble de potentiomètres
sur une chaîne de mixage, qui modulent le son final,
et peuvent considérablement le modifier.
minimisent ou amplifient l'impact de cette mutation. Ils retardent ou accélèrent l'apparition de la maladie.
Ils minorent ou accentuent sa gravité. On ne sait pas grand chose d'eux aujourd'hui, même pas leur nombre.
Un chat atteint d'HCM due à cette mutation peut donc voir les symptômes apparaître
de manière très précoce ou très tardive, et sous une forme grave ou au contraire légère.
On n'a malheureusement pas de moyen de le prévoir à l'avance à ce jour.
Toute le côté insidieux de cette maladie tient au fait que, bien que dominante, cette mutation s'exprime extrêmement différemment d'un individu à l'autre.
Ce sont à ces "fichus polygènes", dont on ignore à peu près tout, que l'on doit l'expressivité variable de cette mutation. Elle est dominante, mais "à son rythme" chez chaque chat, en fonction de sa combinaison individuelle de polygènes. C'est ce qui la rend à la fois évolutive et avec des degrés de sévérité variés.
Chaque individu a son propre "cocktail" de polygènes,
différent de celui de ses parents dont il est a hérité une moitié aléatoire.
C'est ainsi, par exemple, qu'un chat peut développer les symptômes de l'HCM
plus tôt et/ou plus sévèrement que son parent qui lui a transmis la mutation.
Il est même possible que des chats aient une combinaison de
polygènes modificateurs qui parviennent à "compenser"
le déséquilibre qu'implique cette mutation pendant presque toute son existence,
sans que les symptômes se voient.
Bien sûr, au niveau du muscle cardiaque,
c'est la "mauvaise" protéine qui est incorporée
et le déséquilibre est là, mais il est suffisamment compensé pour que le corps ne mette pas en place le "mécanisme de défense" qu'est l'hypertrophie.
Rien ne permet de dire à l'avance, par contre, quel type de "cocktail polygénique" auraient ses chatons.
Si la cause de la maladie est "en soi"
monogénique,
Impliqué par un seul gène
ce sont les polygènes qui déterminent sa gravité et son âge d'apparition.
La mutation détermine "quoi" et les polygènes, eux, déterminent "quand",
"comment" et "dans quelle mesure".
Comme pour tout caractère à expressivité très variable, il est vraisemblable qu'outre l'influence de facteurs polygéniques, des facteurs épigénétiques/ Un corps n'est pas juste "une machine à exprimer des gènes" : les cellules qui transcrivent l'information des gènes sont elles-mêmes des "unités de vie", avec leurs caractéristiques propres, qui influent aussi sur la manière dont les gènes sont exprimés au final. Il se passe beaucoup de choses dans une cellule ! environnementaux influent également sur les fortes variations dans l'expression des symptômes.
D'ordinaire, on observe que les mâles présentent des signes de la pathologie plus tôt que les femelles, ce qui laisse à penser que des polygènes "amplifiant" se situent sur le chromosome Y et que des polygènes "minorant" se situent sur le chromosome X. Mais il existe des contre-exemples.
... sont encore inconnues à ce jour.
Des chats Maine Coon atteints d'HCM n'ont pas présenté la mutation MyBPC3 dans leur génotype : cela a été un "coup dur", car cela signifie qu'il y a vraisemblablement au moins une autre mutation causative d'HCM dans la race Maine Coon, dont on ignore tout à ce jour.
Toutefois, en se basant sur l'exemple des mutations causatives d'HCM connues chez l'homme (plusieurs centaines, sur les différents gènes codant les différentes protéines sarcomériques), il est vraisemblable de penser que les autres mutations causatives, quel que soit leur nombre, se transmettent également sur un mode autosomique dominant (attention : vraisemblable ne veut pas dire vérifié !).
L'explication de cette hypothèse est que les protéines du sarcomère cardiaque sont des protéines de structure du cœur, qui constituent la "charpente" du mécanisme de contraction cardiaque. Dit simplement, cela veut dire vraisemblablement qu'une anomalie de l'une d'entre elles finit, en général, par entraîner un problème dans le "mécanisme". Les avancées de la recherche nous le diront dans les années à venir...
Les éleveurs et amateurs de Maine Coons ont eu, dans leur malchance, la chance qu'une propriétaire de Maine Coon contacte des chercheurs lors des premiers cas d'HCM clairement identifiés dans la race au début des années 1990, et qu'une équipe de recherche travaille sur l'HCM chez le Maine Coon.
Mais cela a, aussi, popularisé l'idée que l'HCM était LA maladie du Maine Coon, et seulement du Maine Coon.
Remettons les choses en perspective : l'HCM est la pathologie cardiaque la plus fréquente chez le chat (et, plus largement, un chat sur cinq risque, au cours de sa vie, de développer une maladie cardiaque[7]). Le chat en général, pas le Maine Coon. Ce n'est pas une maladie propre au Maine Coon. L'HCM "touche" aussi d'autres races, comme le British, le Ragdoll, le Sphynx, le Devon Rex, le Norvégien, le Persan, l'American Shorthair, et, bien sûr, le chat de gouttière.
Le caractère héréditaire de l'HCM chez l'American Shorthair est avéré (avec une hérédité autosomique dominante) et le Persan, et très fortement suspecté chez le Ragdoll, le Sphynx et le Rex.
Ce n'est pas le Maine Coon qui a inventé l'HCM, encore moins les éleveurs de Maine Coons (on s'en serait vraiment passé) : c'est la vie. Parce que la vie est aussi faite de mutations spontanées, dont il peut être impossible de retracer l'origine, parce que leur origine remonte bien au-delà de la création de livres d'origine. Et qu'en prime, il peut y en avoir plusieurs, qui aboutissent à la même symptomatologie.
Ceci dit, tant que l'équipe de Kittleson travaillait sur l'HCM de la colonie de Maine Coons constituée à UC Davis (l'une des plus importantes écoles vétérinaires aux Etats-Unis), on a surnommé la forme d'HCM des chats de la colonie, dont le mode de transmission autosomique dominant et à expressivité variable avait été mis en évidence en 1999[8], "l'HCM forme Maine Coon".
Il fallait bien lui donner un (sur)nom, tant qu'on ne savait pas comment la qualifier.
A présent, la cause de l'HCM de la colonie d'UC Davis a été identifiée : c'est la mutation du gène MyBPC3.
Et depuis que la recherche de cette mutation chez des chats atteints d'HCM a commencé hors de la colonie, l'expression "HCM forme Maine Coon" a pris du plomb dans l'aile : à la fois parce que cette mutation a été trouvée dans le génotype de chats de gouttière
ET SURTOUT qu'elle ne constitue pas la cause de toutes les HCM héréditaires chez le Maine Coon.
Pourquoi j'insiste lourdement comme ça ?
Ce n'est pas LE gène de l'HCM chez le Maine Coon qui a été identifié, malgré tous les espoirs. UNE mutation causative d'une "forme" d'HCM a été identifiée et cette forme d'HCM se rencontre chez le Maine Coon. UN, pas LE : c'est toute la nuance. C'est frustrant, mais on ne peut malheureusement rien faire contre cette réalité : il n'y a pas une seule et unique "forme Maine Coon" d'HCM.
Cette identification et ce séquençage sont un bond en avant, mais le test ADN ne se substitue pas au suivi par échocardiographie : il est, en toute rigueur, impossible de dire qu'un chat est dépisté "HCM négatif par test ADN", comme si cela constituait une "garantie absolue & définitive " de négativité à l'égard de cette maladie. Un Maine Coon ne peut être dépisté, par test ADN, que pour cette mutation MyBPC3, la cause d'une forme d'HCM (on l'appelle aussi couramment "HCM1"... avec 1 sous-entendant qu'il reste à découvrir la cause HCM2, etc...). Aussi, un test ADN HCM1 négatif ne garantit nullement qu'un chat ne développera pas une HCM pour une autre cause, y compris une HCM héréditaire due à une autre mutation.
Différentes équipes de recherche travaillent à l'identification d'autre(s) cause(s) : il est possible d'apporter une pierre à l'édifice (voir section "Comment aider la recherche ?")
Les symptômes "extérieurs" et "bien visibles" de l'HCM (souffle au cœur, essoufflement ou détresse respiratoire, rythme cardiaque inégal - arythmie, syncopes ou pertes d'équilibre, etc...) n'apparaissent généralement que lorsque la pathologie a déjà atteint un certain stade d'évolution.
De plus, un quart environ des chats atteints d'HCM ne présentent absolument aucun signe "extérieur" de la pathologie, pas même de rythme cardiaque anormal au stéthoscope. Malheureusement, le premier symptôme d'HCM chez un chat non diagnostiqué est souvent son décès brusque.
C'est la raison pour laquelle, dans le cadre d'un suivi d'élevage, les reproducteurs sont "passés au crible" par échocardiographie.
Le suivi par échocardiographie constitue la "base" des dépistages HCM puisque l'échocardiographie ne recherche pas une cause précise, mais le symptôme d'ensemble, quelle qu'en soit la cause.
Réciproquement, la limite de cette technique est qu'elle ne détecte les signes de la maladie que lorsque celle-ci s'est déjà déclenchée.
Les modes 2D et M-mode vont permettre de prendre les différentes "mesures", dont notamment l'épaisseur du septum interventriculaire (IVS / SIV) et de la paroi ventriculaire gauche (LVFW / PPVG), lorsque le cœur se contracte (systole) et lorsqu'il se relâche et se remplit (diastole), ainsi que le diamètre des cavités.
L'utilisation de l'écho doppler permet de surcroît d'examiner les flux sanguins à l'intérieur du cœur et de repérer une stagnation du sang ou un reflux, ainsi que de détecter une anomalie au niveau de la valve mitrale (qui peut être un signe précurseur d'HCM avant même le début de l'épaississement des parois ventriculaires). Par rapport à l'écho doppler pulsé et l'écho doppler continu, l'écho doppler couleur permet d'évaluer les flux sanguins avec le plus d'acuité.
Enfin, pour les éleveurs qui ont la possibilité (et la chance) de se rendre à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort, l'écho doppler tissulaire permet en outre de détecter les formes les plus précoces de dysfonctionnement cardiaque, en examinant les mouvements des fragments tissulaires du muscle cardiaque.
Un dépistage HCM par échocardiographie, aussi pointue que soit la technique d'imagerie utilisée et aussi spécialisé que soit le cardiologue qui réalise l'examen, n'établit pas, s'il est "négatif", que le chat est "HCM négatif" dans l'absolu, mais au jour de l'examen, à l'âge donné du chat.
Un dépistage par échocardiographie ne vaut qu'à l'instant T : il établit qu'au moment où le chat a été examiné, il ne présentait aucun signe d'HCM à ce jour (c'est l'expression consacrée utilisée par les cardiologues sur leurs rapports). C'est bien évidemment une excellente nouvelle. Mais cela ne garantit rien pour l'avenir, étant donné l'évolutivité de l'HCM : le chat peut en être porteur sans en présenter de signes à ce jour. Bien entendu, cela ne veut pas dire non plus qu'il en est porteur, mais simplement qu'il ne faut pas "sacraliser" les tests échocardiographiques, en leur donnant une valeur absolue et définitive qu'ils n'ont (malheureusement) pas.
Depuis décembre 2005, il est possible de faire pratiquer une recherche de la mutation du gène MyBPC3 (HCM1) dans le génotype de ses Maine Coons (lien vers le laboratoire du Dr. Meurs et le formulaire de demande de kits, ainsi que les réponses aux questions fréquentes). -- les profits que peut réaliser ce laboratoire sont réinjectés dans la recherche ; pour une question de commodité toutefois, il existe différents laboratoires qui pratiquent ce test en Europe).
Si le test est positif, cela signifie que le chat a des risques de développer une HCM au cours de sa vie adulte. Par contre, le test ne prédit ni quand ni avec quelle intensité.
Comme cette mutation est dominante, il la transmettra nécessairement à sa descendance (la moitié en théorie s'il est hétérozygote, absolument tous ses chatons s'il est homozygote).
Si le test est négatif, c'est une bonne nouvelle : une cause d'HCM vient d'être écartée. Mais cela n'élimine pas toutes les causes possibles d'HCM héréditaire.
Ce test ne dispense pas de poursuivre le suivi échocardiographique à la même fréquence qu'auparavant. En aucun cas le seul test ADN pour la mutation MyBPC3 peut suffire en matière de dépistage HCM, puisqu'il identifie la présence d'une cause d'HCM, mais que l'on sait d'ores et déjà qu'il en existe au moins une autre dans la race.
Si votre Maine Coon est atteint d'HCM, vous pouvez faire vérifier si celle-ci est ou non due à la mutation MyBPC3 : cela aidera à déterminer la prévalence de cette mutation parmi les Maine Coons atteints d'HCM.
S'il s'avèrait que l'HCM dont souffre votre Maine Coon n'était pas due à cette mutation, reportez bien cette situation au Dr. Meurs. Elle travaille à identifier les autres mutations causatives et peut être intéressée par un échantillon.
De même, à l'école vétérinaire danoise,
les travaux d'identification d'une autre mutation sont en cours d'approfondissement et de confirmation :
les chercheurs ont besoin d'échantillons sanguins (5ml conservé par EDTA)
de chats atteints d'HCM et diagnostiqués par échographie,
à faire parvenir à cette adresse :
Den Kgl. Veterinær- og Landbohøjskole
Att: Jørgen Koch
Dyrlægevej 16
1870 Frederiksberg C
Danemark
+ 45 35 28 29 30
Vous pouvez également contacter le Dr. Marie Abitbol, de l'Ecole Vétérinaire de Maisons-Alfort, qui mène actuellement une étude de population sur la prévalence de l'HCM dans la race Maine Coon. Il vous suffit de remplir cette feuille de renseignements. La participation à cette étude est totalement gratuite.
Il est également possible de faire effectuer son suivi échocardiographique à l'Ecole Vétérinaire de Maisons-Alfort, ce qui, outre un dépistage par écho doppler tissulaire, la méthode la plus précise disponible pour détecter le développement d'une HCM au plus tôt, permet de participer à une étude de corrélation phénotype/génotype pour cette mutation.
Si vous avez un Ragdoll atteint d'HCM, vous pouvez contacter le laboratoire du Dr. Meurs (en anglais) : elle mène actuellement une étude sur l'HCM dans cette race. Voir aussi le site Ragdoll Research.
Vous pouvez aussi faire un don à la recherche, ou, plus simplement, allouer quelques euros par chaton vendu à cette cause si vous êtes éleveur (enfin, je suggère ça, c'est pas une obligation non plus !) : la MCBFA organise une levée de fonds spéciale. Et, moins ponctuellement, la Winn Feline Health Foundation alloue les fonds récoltés à travers le Ricky Fund à la recherche sur l'HCM depuis maintenant 3 ans 1/2. Des fonds spécifiques sont également alloués actuellement à la recherche sur l'HCM chez le Ragdoll, le Norvégien et le Sphynx.
Les connaissances évoluant en permanence grâce aux progrès de la recherche, mieux vaut porter attention à la date de chaque article : ils retranscrivent l'état des connaissances à ce moment-là, mais celles-ci peuvent avoir été approfondies depuis.
Liens vérifiés le 6/4/07.
La cardiomyopathie hypertrophique (CMH), dossier proposé par le Sphynx Club de France et corrigé par le Pr. V. Chetboul - mis à jour en 2006.
Amberger, C, Cardiomyopathie obstructive (CMO) et Cardiomyopathie hypertrophique (CMH), recommandations aux éleveurs - adaptation de Kittleson, Mark ; Gompf, Rebecca ; Little, Susan, Feline Hypertrophic Cardiomyopathy : Advise for breeders, version de janvier 2006, mise à jour pour intégrer les données nouvelles liées à l'identification de la mutation du gène MyBPC3 et la mise à disponibilité du test ADN.
Voir aussi : Cardiomyopathies obstructive et hypertrophique : recommandations aux éleveurs - Diaporama du Dr. Amberger (2006).
Pour les anciennes versions (2004) : Amberger et alii, Cardiomyopathie obstructive (CMO) et Cardiomyopathie hypertrophique (CMH) chez le Maine Coon, recommandation aux éleveurs, adaptation de Kittleson, Mark ; Gompf, Rebecca ; Little, Susan, Feline Hypertrophic Cardiomyopathy : Advise for breeders (en anglais).
Compte-rendu des travaux des Drs. Kittleson et Meurs sur la mutation MyBPC3 et le test ADN, corrigé par les Drs. Kittleson & Meurs, paru dans le Scratch Sheet (hiver 2005-2006).
Recommandations pour les dépistages et l'élevage (programme de santé Pawpeds)
Explication des mesures d'un rapport (en lien avec le formulaire du programme de santé) sur Pawpeds
Rouby, Marianne, Cardiomyopathies félines, thèse de doctorat vétérinaire (ENVA), 2003.
FAQ about the test for the Hypertrophic Cardiomyopathy Mutation (VCGL - WSU). Une FAQ très claire aux questions les plus fréquemment posées au laboratoire du Dr. Meurs (octobre 2006).
Chinitz Jody, Munro Marcia, Kittleson Mark, Feline hypertrophic cardiomyopathy.
Un site informatif d'une grande qualité.
An update on the genetics of Feline Hypertrophic Cardiomyopathy, résumé de l'intervention de K. Meurs, juin 2006 (Winn Symposium) - format pdf.
Kittleson, Mark (DVM, PhD, DACVIM) ; Gompf, Rebecca (DVM, DACVIM) ; Little, Susan (DVM), Feline Hypertrophic Cardiomyopathy : Advise for breeders, conseils aux éleveurs : notice revue & corrigée en janvier 2006 pour intégrer les avancées récentes (format pdf).
Meurs, K. M., et alii, A cardiac myosin binding protein C mutation in the Maine Coon cat with familial hypertrophic cardiomyopathy, décembre 2005 (lien vers le texte complet).
La publication portant sur l'identification de la mutation du gène MyBPC3.
First gene mutation to cause heart disease in cats identified (News d'UC Davis de décembre 2005 à la suite de la validation de l'étude identifiant la mutation MyBPC3).
Kittleson, M.D., et alii, Familial hypertrophic cardiomyopathy in Maine Coon cats: an animal model of human disease, 1999 (article complet).
La première publication portant sur la forme d'HCM dont la cause a aujourd'hui été identifiée, décrivant son mode de transmission.
Bonagura, John (DVM), Feline Hypertrophic Cardiomyopathy
Kittleson, M.D. (DVM, PhD, DACVIM), Cat studies in Small Animals Cardiovascular Medicine
Little, Susan (DVM), Winn Feline Foundation Report on... hypertrophic cardiomyopathy in Maine Coon cats, 1998.
Little, Susan (DVM), Winn Feline Foundation Report on... early biochemical detection of heart diseases in cats, été 2004.
O'Grady Michael (DVM, DACVIM), O'Sullivan Lynne (DVM, DACVIM), Clinical cardiology concepts, for the dog and cat
Pion Paul (DVM), Feline cardiomyopathies
What are the most common heart diseases ? (petite note de synthèse sur le site d'un cabinet vétérinaire américain)
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[1]
Atkins et al, Risk factors, clinical signs, and survival in cats with a clinical diagnosis of idiopathic hypertrophic cardiomyopathy: 74 cases (1985-1989), JAVMA, 1992. Etude sur 74 chats atteints d'HCM.
Rush et alii, Population and survival characteristics of cats with hypertrophic cardiomyopathy: 260 cases (1990-1999), JAVMA, 2002. Etude sur 260 chats atteints d'HCM.
Ferasin L et alii, Feline idiopathic cardiomyopathy : a retrospective study of 106 cats (1994-2001), juin 2003.
[2] Voir détail et tableau récapitulatif : Rouby, Marianne, Cardiomyopathies félines, thèse de doctorat vétérinaire, 2003, pp. 18-19.
[3] Rouby, Marianne, Cardiomyopathies félines, thèse de doctorat vétérinaire, 2003, p. 45.
[4] Meurs, K. M., et alii, A cardiac myosin binding protein C mutation in the Maine Coon cat with familial hypertrophic cardiomyopathy, Hum. Mol. Gen., 2005 Dec 1; 14(23):3587-93. Epub. 2005 Oct 19.
Le texte complet peut être lu en ligne.
[5] Kittleson et alii, Circul., 1999, 3178: L'HCM chez ces chats apparaît comme étant transmise sur un mode autosomique dominant, comme c'est le cas de la FCHM humaine, avec une pénétrance qui atteint 100% à l'âge adulte. Bien que la pénétrance puisse ne pas être de 100% chez certaines familles humaines, elle est souvent complète, comme chez nos chats.
[6] Programme d'étude génétique de la Cardiomyopathie Hypertrophique chez le Maine Coon à l'ENVA.
[7] Rouby, Marianne, Cardiomyopathies félines, thèse de doctorat vétérinaire, 2003, pp. 18-19.
[8] Kittleson, M.D., et alii, Familial hypertrophic cardiomyopathy in Maine Coon cats: an animal model of human disease, Circulation, 1999 Jun 22; 99(24): 3172-3180.
Le texte complet peut être lu en ligne (en anglais).