En photo: Rikki Tikki Tavi & Shana
de la chatterie d'Anatolê.
Le standard d'une race définit les grandes caractéristiques de celle-ci. C'est à la fois un idéal, projection du "Coon parfait" et une réalité, puisque le chat est décrit en des termes suffisamment généraux pour que tous les chats de la race s'y intègrent (ils doivent y répondre), nonobstant les variations de look individuelles.
Il est donc à la fois le garde-fou d'une race, en recensant les caractères en partage des chats qui lui appartiennent, un guide pour éleveurs (& juges) et un espace à l'intérieur duquel une marge d'interprétation est possible (on n'élève pas des chats "industrialisés" et tous identiques!), qui laisse place aux goûts et donne autant de looks, les grandes chatteries implantées de longue date ayant même parfois "le leur propre".
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Parcourez le contenu du standard du Maine Coon français (LOOF), avec la comparaison aux autres standards du monde...
Le standard français du LOOF (Livre Officiel des Origines Félines)
Les standards américains
Reste du monde
En 2004, le Maine Coon Seminar a été organisé par Beth Hicks (une éleveuse de Maine Coon -chatterie Tanstaafl- et juge Tica) afin d'illustrer le standard TICA en images.
Non seulement le document final est très pédagogique, mais il fait plaisir aux yeux !
Voici le lien vers la page de sa traduction française, ainsi que vers d'autres ressources illustratives et l'original du séminaire en anglais (versions TICA et CFA) :
... était le "Coon des bois", le shag poilu des forêts du Maine, bon chasseur à l'air un peu bourru et irrésistiblement gentil...
... comme Léo (à gauche) ou bien comme Tobey (à droite), des shags de la fin du 19° siècle...
L'air de famille est là, dans la fourrure "toutes intempéries", le museau distinct, les grandes moustaches ou le regard "mi-ovale mi-rond"...
... et d'autres leur ont succédé...
... comme Snowball, ci-contre, un shag blanc d'une ferme du Maine dans les années 1940 (le blanc fait partie des couleurs "originelles" du Coon depuis le 19° siècle, la légende le ramenant aux précieux Angoras blancs ramenés d'Europe, et le pragmatisme... au camouflage très pratique de cette couleur dans la neige, ce qui explique sans doute comment elle a pu se perpétuer dans la population locale)...
... ou comme les tous premiers Maine Coons élevés par Ethelyn Whittemore, sans doute la "première éleveuse de Maine Coon" de l'histoire, s'employant à perpétuer la beauté et la douceur de ces chats, alors que la race n'était pas encore reconnue...
A gauche, Whittemore Sho Sheen (Whittemore Snow Queen???), 1956, et à droite, Whittemore Senator Muskie, mâle bleu né en 1968.
... Puis d'autres passionnés se lancèrent dans l'aventure, et le Maine Coon vit sa naissance comme race féline reconnue...
La mémoire de ces chats, les "tous premiers Maine Coons", repose aujourd'hui au tout début de nombreux pedigrees...
De gauche à droite : Emin-Dale Frosty, né en 1966 - Emin-Dale Fos'l, né en 1969 - Fluffanutter of Abnaki, né en 1969.
Et puis le type du Maine Coon a commencé à s'homogénéiser, encore rond et plus "petit", l'ancien type...
L'ancien type est celui des premiers temps du Maine Coon : proche encore du look naturel des shags, le museau est plus court, les oreilles plus petites et écartées et la tête plus ronde que chez les descendants d'aujourd'hui de ces glorieux ancêtres...
Le "look doux" (sweet-faced Maine Coon)
est l'héritier de nombre des anciennes lignées.
Plus "travaillés" aujourd'hui, les Maine Coons au look doux et équilibré
sont très à l'honneur en CFA.
Objet d'un réel engouement notamment à partir des années 1990, le look "sauvage" (feral) est souvent le plus connu de tous les "styles" du Coon, abondamment représenté tant dans les articles dédiés à cette race que par des sujets arborant ce "mufle" de félin des savanes en miniature, popularisant l'image d'un "mini-tigre d'appartement" en provenance directe de la nature, quoiqu'il soit la résultante d'une intense sélection. Sans conteste, le "look sauvage" a fait l'image du Maine Coon et sa popularité d'aujourd'hui.
Le "nouveau type", fruit toujours de la sélection, désigne un Coon aux oreilles et au museau plus longs, ce qui peut aussi donner une impression de tête plus allongée.
Pour se délecter de bien davantage de photographies de Maine Coons du passé, présents dans de nombreux pedigrees, la Maine Coon Ancestors Gallery (dont sont issues la quasi-totalité des illustrations des "looks") peut occuper de longues heures...
Sur Cooncept, vous pourrez parcourir des diaporamas illustrant les différentes couleurs du Coon, tout en retrouvant leurs grands ancêtres.
La polydactylie (un doigt en plus) est une particularité des Maine Coons originels, et, plus largement, de la population féline de Nouvelle-Angleterre.
Lorsque les Maine Coons ont été reconnus comme race féline à pedigree
et que, comme telle, elle a été dotée d'un standard,
les Maine Coons polydactyles ont été "sacrifiés",
la reconnaissance du Coon en elle-même demandant déjà, en cette fin des années 1960,
force conviction.
A vrai dire, l'organisation à travers laquelle les éleveurs des premiers temps
ont œuvré à faire reconnaître le Maine Coon, la MCBFA,
avait préparé deux standards : l'un avec "l'option" polydactylie, l'autre sans.
Le premier, difficile à faire admettre, a donc été conservé
pour un "combat ultérieur".
Dans les organisations félines, la polydactylie est en effet "exclue d'office", pour toute race féline.
Un standard l'autorisant suppose donc "un droit à l'exception".
Aujourd'hui, ce standard existe toujours... dans les tiroirs, attendant toujours sa lutte ultérieure.
Retardant toujours sa reconnaissance, la polydactylie a souffert d'une autre source de mauvaise réputation. Il y a en effet plusieurs formes de polydactylie (dues à des gènes différents, chacun propre à telle ou telle forme) : un gène défectueux, entraînant non pas seulement le développement d'un doigt surnuméraire, mais une malformation des pattes antérieures (les Twisty Cats), a fait scandale et a été assimilé à toutes les formes de polydactylie (qui sont elles sans incidence sur la santé), faisant ainsi beaucoup de mal à l'image de la polydactylie en renforçant les croyances sur sa nocivité, par amalgame.
Contre vents et marées, des éleveurs passionnés ont cependant perpétué cette particularité depuis l'origine. Les Maine Coons polydactyles ont bien un pedigree et sont dûment enregistrés dans les livres d'origine. Ils sont en revanche disqualifiés d'office des expositions.
Mais les choses changent aussi :
en 1998, le Pixie-Bob fut reconnu comme race féline par la TICA (en 2004 par le LOOF),
et la polydactylie, une caractéristique d'origine de ces chats,
fut admise pour eux en même temps qu'ils se virent dotés d'un standard.
Des éleveurs de Maine Coons polydactyles se mobilisent aussi, à travers le monde,
pour que des études scientifiques soient menées en vue d'établir
que la forme de polydactylie du Coon est sans incidence aucune sur la santé...
et que "différent" ne veut pas dire "malade".
Comme en tout domaine, seule la connaissance et les preuves peuvent
l'emporter sur les préjugés... avec le temps nécessaire.
En français
Polydactylie & standard
Maine Coons polydactyles en exposition...
Articles généraux sur la polydactylie chez le Maine Coon
Photos de Maine Coons polydactyles
Un standard est à la fois "rigide", puisque, définissant l'apparence commune aux chats de la race (... ce qui fait la race), ceux-ci ne peuvent sortir de ce cadre (faute de quoi sa légitimité même risque de finir par être mise en question), et "souple", non seulement parce qu'il permet une marge d'interprétation et la cohabitation de styles différents, mais aussi parce qu'un standard peut évoluer avec la race et être modifié (la race n'existe pas indépendamment de son standard... mais le standard n'est pas non plus une entité extérieure à elle).
Bien sûr, ce n'est pas sans poser problèmes et débats...
Celui de la part de la mode, versatile, et de "l'évolution de fond", d'abord,
qui peuvent ne pas toujours être aisées à distinguer.
Mais aussi, plus en profondeur justement, celui de la finalité de la sélection.
L'élevage de chats de race vise non seulement la conformité au standard,
mais aussi la perfection de celui-ci, étant entendu toutefois que le "chat parfait" n'existe pas.
C'est ce à quoi les éleveurs réfèrent souvent par la notion d'amélioration de la race,
c'est-à-dire que les générations successives sont toujours plus proches du standard,
les enfants "mieux" que les parents.
C'est ainsi que les frontières de l'idéal sont non pas atteintes,
mais repoussées toujours plus loin,
et que les races félines évoluent en se distinguant toujours plus
dans leur spécificité, par éloignement de la "moyenne"
des croisements "portes et fenêtres" des braves gougouttes.
Pour les races félines les plus anciennes (Persan bien sûr, mais aussi Siamois, Burmese...),
l'évolution qu'elles ont connues depuis leurs origines est particulièrement nette.
Le rythme de ces évolutions est plus ou moins rapide, plus ou moins uniforme (la nature humaine est ainsi faite qu'indépendamment de toute autre considération, il y aura toujours des hommes pour "préférer comme c'était avant"), et plus ou moins impressionnant.
La question est alors de savoir jusqu'où peut-on aller dans l'évolution d'une race féline et avec quelle rapidité. Pas tellement en pratique, mais plutôt dans l'esprit - car il n'y a pas tant en la matière de limites "techniques" (tout caractère peut potentiellement être accentué et accentué encore), mais celles que les éleveurs se donnent comme règle.
Cette question est d'abord interne au monde de l'élevage,
la sélection exercée par les éleveurs étant leur propre choix,
conscient et consciencieux.
Le trop étant l'ennemi du bien,
le corollaire d'une recherche perpétuelle d'amélioration est de ne pas verser dans le "tout-esthétique",
au détriment de la qualité de vie du chat, ce qu'on appelle l'hypertype.
Les standards ont connu une évolution dans ce sens -
ainsi du préambule le type ne doit pas être sacrifié à la taille, ni la taille au type
dans le standard du Maine Coon, ou de mentions telles que
des narines suffisamment ouvertes pour que la respiration se fasse naturellement
dans celui du Persan.
Et ainsi peut-on lire, sur le site du LOOF
(Qu'est-ce qu'un standard ?) :
Il ne faut pas oublier que le standard doit toujours aller dans l'intérêt de l'animal.
Si élever et sélectionner un animal de race implique généralement de s'éloigner du modèle moyen
façonné par la nature, les éleveurs et juges doivent rester attentifs au bien-être de l'animal
dont ils ont la charge. Maintenir le type, c'est-à-dire l'ensemble des caractéristiques communs
à une race et qui la distingue d'une autre, signifie refuser l'hypertype.
L'hypertype, qui commence lorsqu'il y a souffrance ou inconfort pour l'animal,
est une déviance du standard et doit être considéré comme une faute au même titre que le manque de type.
Sélectionner, c'est aussi choisir les animaux les plus aptes dans leur caractère et leur santé à offrir
le plus grand bonheur à ceux qui les aiment.
En filigrane, entre les lignes d'un standard, il y a plus que la seule description du chat idéal et qu'un aide-mémoire pour les juges : l'amélioration d'une race féline n'est pas seulement une affaire d'esthétique et d'idéal, mais s'inscrit bien plus globalement dans le bien-être et la santé des chats qui la composent en chair et en os. Avant d'être amélioration, elle est protection et respect. Tout n'est pas dans la lettre, mais dans l'esprit.
Mais c'est aussi, malheureusement et par la force des choses, une question exogène à l'élevage félin. Il est des associations (dites) de "protection" de la nature pour lesquelles l'idée même de sélection animale est le mal absolu, et des législateurs dont la finesse de rédaction législative n'a d'égale celle de choisir ses conseillers.
En 1987 a été signée la
Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie.
Il s'agit d'un texte très important pour la défense des droits des animaux de compagnie,
interdisant par exemple le dégriffage des chats, ce en quoi les Européens ont une avance considérable sur les Etats-Unis par exemple,
où cette pratique barbare (amputation de la dernière phalange, c'est-à-dire réelle mutilation) n'est pas interdite uniformément.
Elle énonce aussi les principes fondamentaux de la protection animale
(Nul ne doit causer inutilement des douleurs, des souffrances ou de l'angoisse à un animal de compagnie
et Nul ne doit abandonner un animal de compagnie), avec lesquels nul ne saurait être en désaccord (... enfin j'espère!).
Elle est favorable à l'élevage raisonné des animaux de compagnie en cela qu'elle promeut le découragement de la
procréation non planifiée des animaux de compagnie.
Elle a aussi annoncé dans l'esprit nombre des mesures d'encadrement légal de l'élevage
telle que par exemple la loi de 1999 en France.
L'article 5 de cette convention concerne plus particulièrement l'élevage, en posant que toute personne qui sélectionne un animal de compagnie pour la reproduction doit être tenue de prendre en compte les caractéristiques anatomiques, physiologiques et comportementales qui sont de nature à compromettre la santé et le bien-être de la progéniture ou de la femelle. En l'état, il n'y a pas grand chose à en dire, si ce n'est qu'il est difficile d'être en désaccord avec ce principe...
Pourtant tout n'est pas si rose...
En 1995 fut adoptée une
Résolution sur l'élevage des animaux de compagnie qui précise l'interprétation de cet article dans un sens pour le moins "hypertypé" :
Partant du principe que
des problèmes sont rencontrés dans la mise en oeuvre de ces dispositions,
en particulier avec le développement de caractéristiques extrêmes qui
sont nuisibles à la santé et au bien-être des animaux
et, partant, convaincues que ces problèmes sont liés pour une large part
à la façon dont les standards de race sont formulés et interprétés,
les parties se sont résolues à
encourager les associations d'éleveurs, en particulier les associations d'éleveurs de chiens et de chats:
- à revoir les standards de race afin, le cas échéant,
de modifier ceux susceptibles de causer des problèmes de bien-être [...]
- à revoir les standards et à sélectionner les animaux en tenant compte non seulement
des critères esthétiques, mais également des caractéristiques comportementales [...] et des aptitudes
- à s'assurer, par une information et une formation correctes des éleveurs et des juges, que les standards de race sont interprétés de façon à ne pas inciter au développement de caractéristiques extrêmes (hypertypes) susceptibles de causer des problèmes de bien-être
et, surtout, si ces mesures ne s'avèrent pas suffisantes,
d'envisager la possibilité d'interdire l'élevage et de mettre fin progressivement à l'exposition
et à la vente de certains types ou races lorsque les caractéristiques de ces animaux correspondent à des anomalies nuisibles telles que celles présentées dans l'Annexe.
Si l'Annexe en question se focalise surtout sur les chiens (les races canines étant globalement plus anciennes que les races félines, et la sélection exercée sur elles l'étant tout autant, les questions d'hypertype peuvent y être plus prégnantes), elle en remet une couche en commençant par : Les Parties sont convaincues que dans l'élevage de plusieurs races ou types d'animaux de compagnie, mammifères et oiseaux, les caractéristiques anatomiques, physiologiques et comportementales qui sont susceptibles de menacer la santé et le bien-être des animaux ne sont pas suffisamment pris en compte, avant d'énumérer les lignes directrices pour la révision des politiques d'élevage, qui ne laissent pas de répit aux Persans mais "suggèrent" aussi d'éviter ou, si il n'est pas possible d'éliminer les tares importantes, arrêter l'élevage [...] des animaux porteurs d'anomalies génétiques récessives (par exemple Scottish Fold Cat homozygote: pattes courtes, malformations de la colonne vertébrale et de la queue), des chiens et chats sans poils (absence de protection contre le soleil et le froid, tendance à une réduction importante du nombre de dents, facteur semi-létal), du Chat de l'Ile de Man (trouble de la locomotion, prédisposition à des anomalies de la colonne vertébrale, difficultés d'élimination de l'urine et des fèces, facteur semi-létal), et, même eux : des chats porteurs du caractère "blanc dominant" (importante prédisposition à la surdité).
Le degré plus qu'approximatif d'infomation dont ces lignes directrices font montre peuvent laisser songeur... Le gène de la pliure des oreilles des Scottish n'est pas récessif mais dominant (et entraîne effectivement des problèmes en homozygotie, mais jamais les éleveurs de Scottish Fold ne font ce type de mariage), les "poncifs" sur le Sphynx font partie des préjugés sur les chats nus, etc...
Néanmoins, l'existence d'un tel texte, très officiellement publié par le Conseil de l'Europe,
avec son côté "menaçant", a le "mérite" de bousculer (pour le moins...).
Non, les écologistes "extrêmes" n'aiment pas les éleveurs et les races félines. Du tout.
Et oui, leur lobbying est efficace... puisque c'est l'empreinte de leurs thèses
que l'on retrouve dans cette résolution explicative, non celles défendant les élevages félin et canin.
C'est pour le moins une invitation à se rassembler sur ce qui réunit,
plutôt qu'à se déchirer et se quereller sur des questions somme toute mineure comparée
à une passion commune.
Ce serait œuvrer et dans le sens du bien commun des chats de race,
et, plus largement, dans le sens de leur promotion.
Si la réflexion sur l'évitement des dérives hypertypées ou les mobilisations pour la santé
n'ont certainement pas attendu que cette résolution paraisse pour venir des éleveurs eux-mêmes,
il n'en demeure pas moins que l'auto-satisfaction béate n'est pas de mise,
et que ces points pourraient encore être approfondis collectivement.
Il n'est de meilleure réponse à ces attaques que d'être
irréprochable. Par exemple, si la gestion stricte du suivi et de la minimisation des risques de surdité
des chats blancs, visés par l'annexe de cette résolution,
ne vient pas des éleveurs, dans leur ensemble, il n'est à craindre qu'elle vienne autrement du législateur,
et les solutions politiciennes peuvent avoir les mains pour le moins lestes...
Et, toute langue de bois mise à part, il est de reconnaître
que ce type de texte "tape là où ça fait mal"...
Lui nier toute pertinence dans les questions soulevées serait se desservir.
Quoiqu'il en soit, ces débats ont de ceci de positif qu'ils incitent à entrer dans une démarche d'analyse objective de la situation
(Le LOOF et les hypertypes).
La question de la prépondérance de l'esthétique et du rôle des expositions
dans la "validation" des sélections des éleveurs est réelle, et ouverte.
L'accent sur l'éthique et les responsabilités, extrêmisme en moins,
est pour le moins important, quand bien même l'élevage est un loisir.
L'image que véhicule chaque éleveur de la race féline qu'il a choisie
invite également à la réflexion.
Concernant les hypertypes, le Pr. Bernard Denis, dans un article dont la lecture est à chaque ligne une mine de réflexion (Réflexion sur la génétique du chien de race et le nécessaire maintien d'une variabilité génétique), écrit ces lignes pleines de mesure et de bon sens - le propos porte sur les chiens, mais il est possible de transposer aux chats :
Le mot "hypertype" est couramment utilisé pour qualifier les animaux qui exagèrent l'expression
du type morphologique de leur race dans son ensemble, ou bien d'une particularité qui y est recherchée.
Une race tout entière peut être hypertypée - les exemples classiques sont le Bulldog et le Sharpei - et
comprendre néanmoins des animaux encore plus hypertypés que d'autres : i
ls sont volontiers utilisés par la publicité, ce qui contribue à la mode en leur faveur.
Toutefois, le cas le plus fréquent est celui où apparaissent de temps à autres des animaux hypertypés
au sein d'une race qui demeure encore "normale" ;
on voit alors apparaître des poids excessifs, des faciès qui amorcent - ou exacerbent -
un aplatissement ou un allongement, des plis de peau en nombre plus important que de coutume,
des brévilignes qui passent à l'ultrabrévilinéarité, des poils qui s'allongent par trop, etc.
La dérive vers les hypertypes constitue l'une des "maladies" de la cynophilie actuelle.
Elle est malheureusement favorisée par les propriétaires de chiens, qui se laissent facilement
attirer par un animal "différent", par exemple parce que son type morphologique,
dans l'ensemble ou sur un point particulier, est particulièrement accusé.
Elle est ensuite encouragée par les juges, qui n'hésitent pas à attribuer les récompenses suprêmes
à des chiens hypertypés. Le comble est que, le plus souvent, ces animaux sont hors standard !
La commission zootechnique de la SCC a, il y a plus de dix ans, souligné que "hypertype"
devait être assimilé à "manque de type", ce qui, en toute logique, interdit la confirmation.
Il s'ensuit que certains champions sont des chiens non confirmables !
On entend parfois dire qu'on a besoin en élevage de chiens hypertypés pour permettre,
grâce à des accouplements judicieusement planifiés, de retrouver le type moyen qui tend à se perdre.
Nous récusons le mot "besoin" car il y a d'autres solutions,
plus progressives, dans le cadre d'une sélection bien conduite ;
d'ailleurs, comment faisait-on à l'époque où il n'existait pas d'hypertypes ou qu'ils étaient très rares ?
A supposer néanmoins que cela soit vrai, il conviendrait au moins de garder ces animaux
dans les chenils et non pas de les "afficher" en exposition.
Si l'hypertype concrétisait seulement une nouvelle orientation de la race,
il n'y aurait guère que deux questions qui se poseraient :
En réalité, souvent, les chiens hypertypés sont fragilisés au regard de certaines maladies,
et leur longévité tend à se réduire.
Leur bien-être est donc altéré et la cynophilie, à cause de cela, offre des arguments
à ses détracteurs, surtout lorsqu'ils appartiennent à la frange radicale de la protection animale.
Très active, celle-ci se propose de faire interdire d'élevage, grâce à la législation européenne,
un nombre important de races qu'elle qualifie de "torturées".
Pour contrer les excès de la protection animale, il ne faut à notre avis pas rejeter
en bloc ses arguments, refuser d'entrer dans le débat, bref "se draper dans sa dignité",
mais au contraire s'efforcer d'identifier sereinement les authentiques dérives qui nuisent aux animaux
et reconnaître qu'il est nécessaire de les enrayer.
Le débat n'est pas forcément simple au plan scientifique mais il doit être entamé.
C'est de la collecte de multiples observations et de la discussion que sortira l'objectivité.
[...]
Le problème est moins dans d'éventuelles modifications à apporter au standard que
dans l'utilisation qui est faite de ce dernier.
[...] Une application stricte des standards (sauf sur les quelques points litigieux)
devrait permettre de faire un grand pas sur la voie de la lutte contre les hypertypes.
Les juges ont donc besoin d'être informés et, ce qui est plus difficile, convaincus.
Peut-être des expériences comme celle qui a été conduite cette année par la Société Centrale
Canine au Salon de l'Agriculture sont-elles susceptibles d'y aider :
les champions de race étaient examinés par un jury dans lequel un scientifique était présent.
Ce fut l'occasion d'intéressants échanges.
Au niveau des clubs de race, il importe qu'une discussion sur les tendances
qui s'observent dans la sélection ait lieu régulièrement, et qu'elle intègre les avis
d'un vétérinaire lui-même sensibilisé à la question.
A cette fin, une lecture critique du (des) standard(s) doit être conduite et
il faut s'interroger sur les chiens récompensés en exposition.
Les résultats de la discussion sont évidemment à communiquer aux éleveurs par l'intermédiaire
du bulletin du club, ainsi qu'aux juges, en essayant diplomatiquement d'expliquer
à ceux qui tendent à récompenser les hypertypes pourquoi ce choix n'est pas vraiment souhaité
par les responsables de la race.
Le rôle des éleveurs est fondamental, mais comment leur demander d'adopter des objectifs
de sélection qui aillent à l'encontre de leurs intérêts, au moins tant que la situation
n'a pas changé aux étages précédents ? Le facteur économique prime, et c'est bien normal.
Une action au niveau des éleveurs doit donc se doubler d'une information du grand public.
Les médias en sont un élément privilégié mais ils servent malheureusement à tout aujourd'hui :
aussi bien à diffuser les thèses extrêmistes de la protection animale qu'à populariser les hypertypes,
notamment par la publicité. Quand on connaît le rôle de la télévision sur la mode en
faveur de telle ou telle race, on imagine aisément qu'elle puisse agir sur la mode en faveur d'un
simple type de chien. C'est dire que les hypertypes devraient être interdits de télévision, mais comment agir ?
Il en est évidemment de même de la publicité sur affiches ou dans la presse.
On ne fait pas d'élevage de chiens sans passion, ni sans en éprouver un certain plaisir.
Il ne faut pas sous-estimer pour autant la responsabilité que cela suppose :
Si la France a signé la Convention en 1996, elle n'a pas été ratifiée avant 2003, long délai lié aux marges d'interprétation qu'elle pouvait susciter. Elle est pour autant entrée en vigueur depuis mai 2004.
A l'échelle nationale, des décrets d'application des différentes lois relatives à l'élevage sont en attente de parution, sans que les forces en présence susceptibles d'en influencer le contenu ne soient nécessairement claires (en tout cas, elles sont inconnues de moi). Il est à espérer en tout cas qu'elles ne soient pas les mêmes qu'au niveau européen...
Mais après cette longue parenthèse (...) revenons à nos moutons... enfin nos Coons !
Comme le dit si bien le standard TICA, le standard favorise les mâles... Le coup de cœur pour la race, lui aussi, porte bien souvent sur un Maine Coon, avouons-le ! Tant et si bien que le "doux géant", avec son corps de taille moyenne à grande, est parfois dépassé par l'ombre de sa propre réputation : oui, le Maine Coon est un chat impressionnant ! Non, ils ne font pas 12 kilos à l'âge adulte...
Quant à l'évolution du Coon, toute la question est celle de l'équilibre entre sa beauté naturelle et son "approfondissement" dans la sélection... comment le "dénaturaliser" sans le "dénaturer", en quelque sorte :-D