A l'origine de chaque race de chat, on trouve souvent des mariages consanguins sur plusieurs générations... et cela peut même déconcerter.
La plupart des races félines ont été "construites" par l'homme en mariant quelques parents proches sur plusieurs générations, afin de conserver des caractéristiques physiques.
Les chats d'une race sont souvent tous cousins plus ou moins éloignés.
Par conséquent, en félinotechnie, on utilise beaucoup le terme de consanguinité, à la fois pour parler de :
- pratiques d'élevage (croiser des individus apparentés).
- conséquences de ces degrés d'apparentement sur la santé d'un individu.
- statistiques qui servent à estimer l'apparentement de deux individus et les souches en partage dans le patrimoine génétique de leur descendants.
Du coup, même s'il a une signification intuitive, le terme de "consanguinité" manque en même temps de clarté.
C'est, après tout, un mot moyen-âgeux
(... ce n'est pas une simple image : il est apparu dans la langue vers 1300 !)
qui est lui, pour sa part, d'abord une image - la génétique, ce n'est pas vraiment une histoire de sang.
Quand on parle de "consanguinité", on veut dire qu'un individu a un certain nombre d'ancêtres identiques du côté de son père et du côté de sa mère, c'est-à-dire qu'il descend d'individus apparentés entre eux. Mais on ne sait jamais vraiment si on parle alors :
- d'une conséquence principale de cette récurrence de mêmes ancêtres, à savoir qu'un certain nombre de ses
paires alléliques
Un individu a toujours deux copies d'un gène, l'un étant hérité de son père, l'autre de sa mère. Chacune de ces copies est appelée un allèle. Autrement dit, un individu, pour tel gène donné, a toujours une paire d'allèles - ou paire allélique.
sont
homozygotes
Quand les deux allèles d'une paire sont identiques, l'individu est homozygote pour cette paire. Si les deux allèles sont différents (deux "versions" différentes d'un même gène), il est hétérozygote pour cette paire.
C'est par exemple ce qu'estime le coefficient de consanguinité.
- de l'étendue de son patrimoine génétique. Dans ce cas, on veut plutôt dire que le chat a beaucoup d'allèles qui viennent de ces ancêtres communs à ses deux parents, sans que ce soit forcément sur les mêmes paires.
- des deux aspects à la fois.
Cela peut donner lieu à des conversations qui aiguisent le sens de l'humour, dans lesquelles personne ne pense à la même chose en utilisant le même mot...

Ca a l'air d'une situation assez confuse, n'est-ce pas ? C'est un peu là tout le problème... La "consanguinité" est une métaphore un peu victime de son succès. A utiliser intensivement un terme imagé, très large, très intuitif, et donc très pratique, on peut aussi s'emmêler assez vite les pinceaux entre les causes et les conséquences.
Essayons de démêler tranquillement les fils des différentes notions qui gravitent autour de la nébuleuse "consanguinité"...
Concernant les pratiques d'élevage, on peut distinguer :
- L'inbreeding (consanguinité rapprochée, endogamie ou homogamie).
- Le linebreeding, qui signifie littéralement "mariage à l'intérieur d'une même lignée", et est souvent traduit par consanguinité éloignée.
- L'outcross, qui signifie littéralement "croisement extérieur". Il s'agit d'exogamie.
Le mariage de deux individus apparentés peut avoir différentes conséquences, pour l'individu, mais aussi à l'échelle de la population.
- Par raccourci, on dit parfois que la consanguinité est génératrice de tares. A vrai dire, elle ne les crée pas, mais les révèle.
- Pour certaines fonctions, notamment l'immunité, l'homozygotie accrue sur de nombreuses paires alléliques, conséquence de mariages endogames, a elle-même potentiellement pour conséquence d'affaiblir ces fonctions.
Ces différents effets néfastes de la consanguinité sont appelés dépression de consanguinité (inbreeding depression).
- A l'échelle d'une population, la consanguinité répétée sur de nombreuses générations entraîne une perte de variabilité génétique.
Enfin, pour mesurer le degré d'apparentement de deux individus et de leurs descendants, il existe différents indices statistiques.
- L'un deux est appelé coefficient de consanguinité (inbreeding coefficient), ce qui n'aide pas forcément pour éviter les emmêlages de pinceaux...
Ce qu'estime cet indice, c'est la proportion de paires alléliques qui sont homozygotes chez un individu
- et, plus précisément, l'estimation porte sur l'homozygotie par descendance, c'est-à-dire que, pour telle paire d'allèle, il est homozygote parce que les deux allèles en question lui viennent d'un même ancêtre.
- D'autres indices, comme les pourcentages de contribution d'un ancêtre au pool allélique d'un individu, permettent également d'apprécier l'apparentement des parents d'un individu.
Pfiiiou, il y a du pain sur la planche ! Une bonne aspirine pour dissiper ce mal de crâne maintenant qu’on a posé les bases du problème ? A dans 15 jours ?
Ca tombe bien parce que ça me laissera le temps de finir ce mini-dossier !
