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Rufus


Rufus, c'est le "petit nom" donné aux reflets rutilants du pelage.

On range dans cette boîte commode tout le continuum de variations jaunes à rousses des pigments phæomélaniques... et tous les gènes mineurs Gènes ayant des effets légers et cumulatifs sur le phénotype - polygènes qui en sont responsables.

La phæomélanine, une p'tite coquine

L'expression de la phæomélanine est variable

La phæomélanine est un pigment soufré de nuance jaune à rousse (et qui va jusqu'au rouge dans d'autres espèces).

Sa synthèse est beaucoup plus "simple" que celle de l'eumélanine, le pigment sombre : elle requiert moins de tyrosinase (l'enzyme qui "met en branle" toute la chaîne de fabrication pigmentaire), et elle compte moins d'étapes de fabrication (et moins d'étapes, c'est à la fois moins de composés et d'intermédiaires ; en l'occurrence, elle nécessite beaucoup moins d'enzymes "dédiées").
C'est ainsi que la phæomélanine est un "produit de remplacement" de choix : quand il est impossible de fabriquer de l'eumélanine (action de la protéine agouti, mutation du gène o...), il "reste" toujours la phæomélanine sur laquelle se rabattre en guise d'alternative.

Mais, si elle est moins complexe, la fabrication de la phæomélanine est en même temps beaucoup plus sensible aux fluctuations d'enzymes et autres médiateurs dans (et autour) des cellules pigmentaires (cf. la sensibilité bien plus grande à l'effet résiduel de la protéine agouti mutée chez les red self).
En prime, ça se voit beaucoup plus, parce qu'elle réfléchit beaucoup plus la lumière (les pigments phæomélaniques sont plus petits et de forme différente des pigments eumélaniques). Bref, c'est un bon "produit de remplacement", mais un peu cheap :-)

Toutes ces fluctuations et relations entre acteurs de la synthèse pigmentaires, c'est la traduction de beaucoup, beaucoup, de gènes impliqués... ou, dit autrement, c'est autant d'interactions polygéniques en jeu.

Et il ne faut pas mésestimer, de surcroît, l'influence du "contexte" (toujours importante dans l'expression des gènes mineurs).
En l'occurrence, les voies de synthèse de la phæomélanine sont empruntées relativement "spontanément" en présence de cystéine, l'acide aminé contenant du soufre "incorporé" au départ de sa chaîne de fabrication propre (incorporation qui est, encore, plus rapide et simple que la mise en place des étapes de fabrication de l'eumélanine). L'approvisionnement en cystéine, élément environnemental, peut, par exemple, jouer ainsi un rôle.

En résumé, la phæomélanine, plus simple et plus rapide à synthétiser, peut facilement "prendre le relais" de la fabrication de l'eumélanine.

Un plus, c'est toujours un moins - ou l'inverse :-)

Chez un silver rufisé, de la phæomélanine persiste dans les bandes agouties. Un peu comme l'histoire du verre à moitié vide et du verre à moitié plein, on peut regarder le phénomène sous deux angles. L'expression de l'inhibiteur de mélanine (codé par I) est faible, attenuée (polygènes minorants, qu'ils impliquent une "quantité" et/ou une "qualité" moindre de l'inhibiteur de mélanine, et/ou toute autre variation des autres éléments avec lesquels il interagit). L'expression de la phæomélanine est forte (polygènes amplifiants, favorisant la synthèse de ce pigment, et cætera...).
Pour partie, ce sont sans doute les mêmes (si l'efficacité de l'inhibiteur de mélanine est moindre, cela joue de fait "en faveur" de la production de phæomélanine... puisqu'elle est moins diminuée).
Une modulation polygénique, c'est toujours l'amplification d'un phénomène au détriment d'un autre - ou, toujours réciproquement, la diminution d'un phénomène en faveur d'un autre. Un peu comme des vases communiquants, ou bien les réglages des potentiomètres sur une chaîne hifi (si on baisse les aïgus, on amplifie les basses).
Il y a les polygènes - et les polygènes +, mais pour partie, il s'agit "des mêmes" dont on regarde les effets par un bout ou par l'autre.

Le rufisme peut parfois atteindre des proportions déconcertantes sur un silver tabby... Ne jamais mésestimer la facilité à fabriquer de la phæomélanine :-)

La "phæomélanine rampante" chez un tabby peut aussi "percer" parfois sur les bandes unies, "grignotant" sur le terrain de l'eumélanine.

Rufus, tantôt "ami", tantôt "ennemi"

Sur les "couleurs chaudes", comme un brown tabby ou un red, le rufisme, c'est cool !
Sur un brown, la densité et l'intensité des teintes phæomélaniques donnent des nuances orangées plutôt que jaunes à la bande agoutie (comme on le voit plutôt chez le chat de gouttière), voire des reflets plus rutilants au sein des zones unies.
Sur les red, la phæomélanine "optimisée" donne une couleur rousse très chaude.
Bref, sur les brown et les red, les polygènes + sont à l'honneur.

Sur les "couleurs froides", comme un black silver ou un bleu, ce sont davantage les polygènes - qui sont recherchés, pour éviter les reflets rufisants sur le pelage.

Rufus, Brutus, même combat : tu quoque mi fili !

Comme beaucoup de phénomènes sous la dépendance de gènes mineurs, dont les petits effets sont "cumulatifs", il faut souvent une certaine "dose" de polygènes additionnant leurs effets dans une certaine direction : c'est-à-dire qu'il y a un effet de seuil à l'expression du phénomène.

Ainsi, deux chats peuvent porter des polygènes "favorisant" la phæomélanine, mais chacun en-dessous du seuil où elle s'exprime intensément ou "jaillit" sur le poil... Mais ils peuvent donner naissance à des chatons avec beaucoup de rufisme, "additionnant" les polygènes de papa et les polygènes de maman... Surprise !

Moins il y a de sélection en faveur de polygènes amplifiant ou minorant un phénomène, plus on se situe plus ou moins "près" des seuils, et ce type de "surprises" peuvent se produire.

Plus de variables à gérer, plus de problèmes :-)

Plus on "additionne" de caractères à expression variable, plus l'équation se complique, car il y a d'autant plus de modulations de chaque phénomène, qui donnent un "cocktail" moins "prévisible".

Ainsi, par exemple, la dilution est assez variable dans son expression (la concentration des "amas" de granules comme leur répartition sur le poil peuvent beaucoup varier, les nuances du bleu étant très différentes du Chartreux au Bleu Russe -- ce qui est, là aussi, d'autant plus visible que le réfléchissement de la lumière est plus important, ce qui accentue l'effet optique).
Quand à cela s'ajoute l'agouti, l'effet de la protéine agouti étant soumis à variations aussi, le tableau se complique encore... Et si l'inhibition de la mélanine (silver), avec son expressivité très variable, en rajoute encore une couche, l'équation devient vite trèèèès compliquée.

La première fois que j'ai voulu "suggérer" à ma moitié à quel point un bleu silver tabby ça serait chouette, ladite moitié m'a demandé d'arrêter de me contredire et de lui montrer des chats de la même couleur...

Les reflets roux sur le pelage ne sont pas nécessairement d'origine génétique : les bains de soleil roussissent aussi les poils, tout comme les léchages intensifs (action chimique de la salive). Mais le tout peut aussi se combiner :-)


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