Commençons par une note positive ! Il est important de souligner, comme on l'a suggéré plusieurs fois au cours de ce mini-dossier : la vie est bien faite !
Il existe de nombreux mécanismes de contrôle, qui permettent de minimiser l'impact d'une mutation, de la corriger ou de l'éliminer.
Beaucoup de mutations génétiques sont ainsi complètement sans incidences. Ne serait-ce que parce que l'autre chromosome est là pour avoir un allèle valide qui "compense". Dans bien des cas, si un allèle est "défectueux", il en est récessif par voie de conséquence : puisqu'il ne code "rien", c'est l'autre qui prend le relais pour assurer le bon fonctionnement.
Une mutation génétique, cela peut même être bénéfique. Imaginons qu'une mutation d'un allèle conduise à fabriquer par hasard une protéine avec des vertus formidables qui "renforce" la solidité du pancréas. Au bout de plusieurs générations, cet allèle mutant de hasard se sera répandu dans le pool allélique de l'espèce... et celle-ci y aura "gagné" des individus avec un meilleur pancréas.
Mais un avantage reproductif, cela ne signifie pas "linéairement" que la femelle va le sentir par instinct et "choisir" le meilleur mâle reproducteur.
La même chose existe bien entendu chez l'humain, mais les rites sociaux étant nettement plus complexes, les avantages reproductifs sont insérés dans de complexes interactions polyfactorielles (= liées à des facteurs extérieurs). Je pourrais prendre plusieurs exemples, mais on m'a dit que c'était trop politiquement incorrect... Comprenne qui pourra ou voudra !
Si la question de l'évolution par mutations vous intéresse et que vous souhaitez en savoir plus sur les potentialités d'adaptation à des milieux changeants qu'elles offrent grâce à une variabilité accrue, vous pouvez regarder ce petit film édité par la Villette.
4 minutes pour comprendre... l'homme et les gènes. © Cité des Sciences et de l'Industrie
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La plupart des couleurs du pelage sont aussi des mutations spontanées à partir d'allèles "originaux" (qu'on appelle les allèles sauvages). Un chat bleu, un chat crème, un chat solide... sont des mutants. De très jolis mutants !
Là aussi, on voit que la mutation ne change pas grand chose. Elle fait même plaisir aux yeux des humains. Le chat y a certes perdu une certaine capacité de camouflage, mais il a été domestiqué entre temps, donc les croquettes ne sont pas des proies face auxquelles il faut se dissimuler.
Bref, la "mutation" n'a aucune incidence sur la santé du chat. Elle a changé son apparence.
Une fois dissociée l'association automatique entre "mutation" et "dangerosité", on peut donc aborder plus sereinement le thème des mutations pathogènes. Pathogène signifie "générateur de pathologie".
Une première forme de mutation pathogène est celle des cellules "ratées". Par exemple, pour une raison x ou y, l'ADN d'une cellule a été dupliqué avec une ou deux erreurs. Cette cellule sera "invalide", ou alors remplira sa tache de manière bizarre... Normalement, le système immunitaire la perçoit alors comme une "menace" et la détruit, ou, plus simplement, la cellule non-valide "se suicide".
Une cellule bizarroïde, une cellule affolée qui fait n'importe quoi pour diverses raisons, c'est ce qu'on appelle une cellule cancéreuse. On produit plusieurs dizaines, plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de cellules cancéreuses par jour. Le système immunitaire les détruit sans pitié.
Pour des raisons qui sont mal cernées, il arrive toutefois que le système immunitaire cesse de reconnaître une cellule cancéreuse comme une menace. Il va alors la laisser se multiplier. C'est ainsi que se développe un cancer.
Il peut aussi arriver qu'il y ait un "raté" lors de la formation des cellules sexuelles (les spermatozoïdes et les ovules, qui ont la particularité de ne contenir non pas des paires de chromosome, mais des chromosomes seuls, la paire n'étant reconstituée qu'à leur rencontre : la nouvelle combinaison crée alors un nouvel individu).
Dans ce cas, comme toutes les cellules découleront de cette première cellule, tout le matériel génétique de l'individu comportera une mutation.
Parmi ces quelques mutations, certaines sont peut-être pathogènes. C'est ce qu'on appelle le fardeau génétique (genetic load). Autrement dit, tout individu, du seul fait qu'il est un organisme vivant complexe, est porteur de tares génétiques. Le problème est donc plutôt d'empêcher que ces allèles mutants récessifs forment un couple homozygote.
Après avoir relativisé la notion de mutation génétique pathogène, je voudrais simplement évoquer l'exemple du gène codant la protéine C cardiaque de liaison de la myosine (c-MyBPC). Une mutation de ce gène est responsable d'une forme d'HCM chez le Maine Coon.
Un extrait du code correct de ce gène est : GTGTTCGAGGCCGAGACAGAGCG
Le même extrait, pour la mutation pathogène, est le suivant : GTGTTCGAGCCCGAGACAGAGCG
Vous ne voyez pas de différence ?
Regardez bien :
GTGTTCGAGGCCGAGACAGAGCG
GTGTTCGAGCCCGAGACAGAGCG
Entre deux "GAG" s'est glissée une mauvaise plaisanterie, un C à la place d'un G. Le codon d'ARNm codé à partir de cet ADN "défectueux" appelle un acide aminé de proline au lieu d'alanine. Une des protéines nécessaires aux contractions cardiaques, qui garantit l'équilibre du muscle cardiaque, n'est pas produite correctement. Cela ne tient qu'à une simple base...
Parfois la vie reste fragile.......