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Zoom sur... comment ça se transmet les gènes?
De la formation des cellules sexuelles à celle d'un nouvel individu tout beau tout neuf

Avant-propos : chromatides, chromosomes, paires de chromosome

La célèbre image des chromosomes en forme de X vient un peu perturber quand on s'apprête à aborder la question des divisions cellulaires.

En effet, elle ne représente pas l'état "normal" d'un chromosome, mais un état très précis, juste avant une division cellulaire, quand le matériel chromosomique a été dupliqué. Les chromosomes en X sont en fait des chromosomes dédoublés, exactement comme quelqu'un qui se regarde dans un miroir.

Un peu d'histoire : si c'est cette image là qui est devenue la représentation célèbre des chromosomes, c'est parce que les chromosomes dédoublés juste avant une division cellulaire sont ultra-condensés. La toute première fois qu'ils ont pu être observés au microscope, c'était donc sous cette forme dupliquée.

Argh..............

La plupart du temps, un chromosome ressemble a un bâton. Ce n'est pas un demi-chromosome : il contient tout son matériel génétique. On l'appelle un chromosome à une chromatide (= à une copie du matériel chromosomique).
Cellule

Ce schéma représente un noyau cellulaire qui comprend 3 paires de chromosomes.

Les paires de chromosomes sont encadrées.

Les chromosomes à une chromatide ont cette forme de bâton. C'est la forme "normale" d'un chromosome.



C'est quand elle s'apprête à se multiplier qu'une cellule commence par dupliquer son ADN.

Les brins d'ADN qui forment une chromatide sont ouverts et ils sont recopiés : on a alors deux copies identiques de l'ADN - deux chromatides - qui sont reliées l'une à l'autre (le "nœud" qui les attache ensemble s'appelle un centromère).

Chaque chromosome est ainsi dédoublé, mais c'est toujours le même chromosome : on l'appelle un chromosome à deux chromatides (= à deux copies identiques du matériel chromosomique).
Les chromosomes à deux chromatides, après la duplication préalable à toute division cellulaire

Ce schéma représente un noyau juste avant une division cellulaire. Le matériel chromosomique a donc été dupliqué.

Les paires de chromosomes sont encadrées.

Il s'agit de 3 paires de chromosomes à deux chromatides.

Les deux chromatides sont à chaque fois parfaitement identiques : un chromosome à deux chromatides est composé de deux copies conformes de son matériel génétique.



Pour ne pas s'emmêler les pinceaux dans cette histoire de division cellulaire, il est très important de ne pas confondre une paire de chromosomes et un chromosome à deux chromatides. On n'a toujours que des paires de chromosomes, peu importe que les chromosomes à ce moment-là aient une ou deux chromatides identiques.

Cette phrase doit vous arracher un : "Mais bien entendu, c'est évident, pourquoi elle insiste comme ça cette idiote ?". Dans le cas contraire, c'est que le double effet chromosome en X commence à agir... Comparez les deux schémas ci-dessus : ce sont les mêmes paires de chromosomes qui sont encadrées, peu importe que les chromosomes aient une ou deux "papattes" à ce moment-là.

Tout va bien ? Alors on attaque la division cellulaire proprement dite, mitose de son petit nom. C'est par mitose que les cellules se reproduisent à l'identique dans l'organisme.

© Keyah-illustration / Cours college svt.com

A l'issue de la mitose, on a deux cellules identiques, toutes deux parfaitements identiques à la cellule de départ dont elles découlent.
Toutes les cellules de l'organisme ont été fabriquées par mitose à partir d'une cellule de départ, créée lors de la rencontre d'un ovule et d'un spermatozoïde.


Maintenant qu'on est au point sur la duplication des chromosomes à une chromatide en chromosomes à deux chromatides et sur la mitose, on peut attaquer la formation des cellules sexuelles...

Zoom sur... la meiose, la formation des cellules reproductrices

Les cellules sexuelles (ovule et spermatozoïde), gamètes de leur petit nom de code scientifique, ont la particularité de ne contenir qu'un seul chromosome de chaque paire : les paires chromosomiques sont "reconstituées" lors de la fécondation par la rencontre d'un chromosome venu du père et d'un chromosome venu de la mère. Les deux font la paire !

La fabrication des cellules reproductrices (meiose) commence, dans une première phase, par une duplication du matériel génétique : les chromosomes se dédoublent en chromosomes à deux chromatides.

Survient ensuite la grande originalité de la meiose : ce sont les paires de chromosomes qui sont séparées lors d'une première division. Après cette première phase, on a deux cellules avec un seul de chaque chromosome (à deux chromatides).
Enfin, une nouvelle division intervient, qui sépare les chromatides (exactement comme la mitose).
Au final, à partir d'une seule cellule, ont été créées 4 cellules qui contiennent un exemplaire de chaque chromosome (à un chromatide).
La moitié du patrimoine génétique du futur parent a été répartie aléatoirement dans chacune de ces cellules, et est prête à rencontrer l'autre moitié aléatoire du patrimoine génétique de l'autre parent pour former un nouvel individu.

La meiose en image :

© Keyah-illustration / Cours college svt.com

Zoom sur... les brassages chromosomiques

Mais, me direz-vous, si vous n'êtes pas parti vous préparer un café avec 3 aspirines dedans, ou, plus simplement, si vous n'avez pas refermé la fenêtre : "C'est tout de même mal fichu ce truc : pourquoi diable est-ce que l'ADN est dupliqué comme pour une reproduction cellulaire ? Ca serait aussi simple de répartir les chromosomes de chaque paire en deux cellules, et basta. Je n'aurais pas eu à m'arracher les cheveux avec ces histoires de duplication, de chromatides, de division et de nouvelle division !"
J'avoue que toutes ces histoires de double-truc ont l'art d'embrouiller, et ont dégoûté à jamais de la biologie des générations d'écoliers qui ont raté leur interro sur la mitose et la meiose...
Mais la récompense est à la hauteur : cela permet de comprendre d'où vient la diversité génétique, et ce qui fait qu'un individu n'est pas uniquement un copié-collé d'un chromosome de sa mère et d'un chromosome de son père pour chaque paire, mais un individu unique.
Car si la meiose ne consistait qu'à répartir aléatoirement un exemplaire de chaque chromosome, il n'y aurait, chez le chat, que 219 combinaisons possibles (2 puissance 19 comme les 19 paires de chromosomes du chat). Et dans ce cas là, il y aurait une chance sur 238 que des parents donnent naissance à des vrais jumeaux... à quelques années de distance (une chance sur 246 chez l'homme). Ca n'arriverait pas tous les jours, mais ça se verrait de temps en temps.

La moité de patrimoine génétique que chaque parent transmet à son enfant n'est pas une moitié de ses chromosomes, directement, mais une moitié recombinée.

Le phénomène de crossing-over, ou brassage intra-chromosomique



Si, lors de la meiose, le matériel chromosomique commence par être dupliqué, c'est que cela favorise les brassages génétiques.
En effet, avant que les paires de chromosomes soient scindées, celles-ci vont échanger du matériel chromosomique : les chromosomes homologues (= de la même paire) s'enjambent et échangent de l'information.
Ce gros câlin avec échange de bouts de code pour se dire adieu s'appelle le phénomène de crossing-over, ou brassage intra-chromosomique. Il s'agit d'une recombinaison du matériel génétique, pour donner de nouvelles chromatides inédites.

Zoomons sur le phénomène de crossing-over entre chromosomes d'une même paire :

Vous pouvez choisir entre la version "film en continu" (continuous play) ou la version commentée étape par étape (step-through)

¤ Le crossing-over consiste en une recombinaison des allèles d'une paire de chromosomes homologues. Dans cet exemple, on examine une paire homologue : l'un des chromosomes porte les allèles F et H et l'autre les allèles f et h.

¤ Les chromosomes sont dupliqués : la première phase de la meiose peut commencer. C'est à ce moment qu'il y a crossing-over entre les chromatides des deux chromosomes (c'est-à-dire des chromatides non-sœurs).

¤ Dans cet exemple, des petits bouts de chaque chromosome se détachent et l'ADN est recomposé par "échange".

¤ Les chromosomes restent ainsi enjambés et accrochés jusqu'à la première division.

¤ A la fin de la première phase de la meiose, le crossing-over a entraîné une nouvelle combinaison des allèles !

¤ On le voit bien en comparant une meiose "sans crossing-over" (très théorique) et une meiose avec brassages intra-chromosomiques.

Cette animation provient de Modern Genetics Online / © W. H. Freeman & co

Ainsi, dès la fin de la première phase de meiose (la division des paires de chromosomes), grâce au phénomène de crossing-over, les quatres chromatides en jeu dans chaque paire sont déjà toutes les quatres différentes.

Les chromatides qui se sont enjambées et ont échangé de l'information génétique ne sont plus une copie des chromatides du parent, mais une recombinaison unique.


Regardons à nouveau le film de la meiose, avec cette nouvelle perspective :

Vous pouvez choisir entre la version "film en continu", avec des explications audio en anglais (narrated), ou la version commentée étape par étape (step-through)

¤ Dans cet exemple-ci, on regarde une cellule qui contient deux paires de chromosomes.

¤ Elle va passer par deux divisions cellulaires pour donner 4 cellules reproductrices contenant un seul chromosome issu de chaque paire

¤ Etape 1 : l'ADN de chaque chromosome est dupliqué

¤ Etape 2 : les paires de chromosomes homologues s'apparient et s'enjambent pour échanger du matériel chromosomique. Des crossing-over ont lieu entre les chromatides non-sœurs. Etape de grande créativité !!!

¤ Etape 3 : une première division sépare chaque paire de chromosomes, et donne des cellules contenant seulement un seul chromosome de chaque paire (mais ils sont toujours dédoublés)

¤ Etape 4 : à présent, une seconde division sépare les chromatides maintenues ensemble. Au final, on a quatre cellules avec un seul chromosome de chaque paire.

¤ Ca y est ! On a nos quatre cellules reproductrices. Comme on le voit bien, chacune est absolument unique et a déjà brassé le matériel chromosomique des parents.

Cette animation provient de Modern Genetics Online / © W. H. Freeman & co


Ainsi, avant même la fécondation, les gamètes ont déjà effectué un brassage génétique créant des combinaisons nouvelles. Ce phénomène joue un rôle important dans la diversité des espèces et leur variabilité génétique, car sans lui, le patrimoine génétique tournerait rapidement en rond sans nouvelles créations : on ne serait qu'un puzzle composé de "gros bouts" de son père et de "gros bouts" de sa mère.



Les brassages inter-chromosomiques



N'oublions pas que les schémas qu'on a regardé, pour simplifier, ne montrent que quelques paires de chromosomes. Chez le chat, il y en a 19.
Quand les chromosomes sont répartis aléatoirement, puis quand les doubles chromatides recombinées sont séparées, toutes ces répartitions aléatoires accentuent encore les combinaisons originales dans chaque gamète : grâce aux recombinaisons préalables, il n'y a plus 219 répartitions possibles, mais une infinité.

Brassages intra-chromosomiques et inter-chromosomiques démultiplient les possibilités de répartitions et de recombinaisons des gènes transmis aléatoirement aux enfants jusqu'à... l'infini. Chaque gamète est absolument unique. Il rencontrera un autre gamète complètement unique. L'ensemble donne un individu irréductiblement unique.

Quand les gènes se transmettent des parents aux enfants, ce n'est pas de manière linéaire, mais avec des recombinaisons inédites.


Ainsi, tel trait physique qu'on voit chez le petit et chez son grand-père maternel lui a été transmis par sa mère ; mais l'allèle qui détermine cette caractéristique peut très bien se trouver sur... un bout de chromosome de la grand-mère : le petit n'a pas hérité du chromosome de son grand-père comme d'un bloc.