Il existe un "code de bonne conduite" entre les allèles, qui fait que, s'ils sont différents, l'un va s'exprimer et l'autre se taire.
Un allèle dominant est un allèle qui parle plus fort que les autres : c'est lui qui aura le droit de s'exprimer. C'est par exemple le cas de l'allèle qui donne la pigmentation noire du pelage.
Dans le cas de la pigmentation noire, dense, ou de la pigmentation "bleue", diluée, l'allèle dominant qui donne une pigmentation "intense" est symbolisé par D - l'allèle récessif est symbolisé par d, comme "dilution".
Toutefois, si l'individu est hétérozygote pour cette paire, il pourra transmettre son allèle de la dilution, muet chez lui, à ses descendants. On dit alors qu'il est porteur de cet allèle.
Un allèle récessif est un allèle timide : il ne prend la parole qu'avec ses semblables.
En effet, pour qu'un allèle récessif s'exprime, il faut que la paire allélique soit homozygote. Autrement dit, il faut que l'individu ait deux fois tel allèle récessif pour que cette caractéristique s'exprime. Ainsi, un chat au beau pelage bleu aura nécessairement deux allèles de la dilution.
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La différence entre phénotype et génotype tient notamment à tous les allèles récessifs qui restent "muets".
En résumant, on peut dire aussi que ces termes sont plus ou moins équivalents : génome ≈ génotype ≈ pool allélique ≈ pool génétique ≈ patrimoine génétique.
La règle "binaire" de la dominance et de la récessivité "pures et dures" ne suffit pas à expliquer tous les phénomènes qui apparaissent dans un phénotype, et encore moins à épuiser toute la complexité d'un génotype.
Des allèles codominants veulent tous les deux prendre la parole et s'expriment aussi fort l'un que l'autre : le phénotype exprimera donc les deux à la fois.
Les allèles entretiennent les uns avec les autres des interactions complexes, qui font que tel allèle ne s'exprime avec telle intensité qu'en rapport avec tel autre allèle, ce qui est d'ailleurs relié aux informations de tel autre allèle, etc...
Plus précisément, un chat tabby a des poils agoutis, c'est-à-dire qu'il a des poils "striés" d'une alternance de bandes sombres et claires.
C'est ce qui, à l'œil, donne cet ensemble "brun"... Il a des poils noir-jaune-noir-jaune ! Si, si, promis !
Quant à notre ami le chat noir-noir, il est non-agouti, c'est-à-dire que tous ses poils sont pigmentés uniformément.
L'allèle qui donne des poils agoutis est dominant. Il est symbolisé par A (... comme agouti). L'allèle qui donne des poils non-agoutis est récessif. Il est noté a.
Le chat noir uni doit, à la fois, avoir un allèle déterminant une pigmentation dense (D//D ou D//d) et être homozygote pour la paire allélique non-agoutie (a//a)
Pour avoir un chat noir uni, il faut que ces conditions, interdépendantes, soient remplies.
Comme le chat noir uni, le chat bleu uni est homozygote pour la paire allélique non-agoutie (a//a). Il est, de plus, nécessairement homozygote pour la paire allélique de la dilution (d//d).
Ce chat brun a, comme le chat noir ci-dessus, au moins un allèle donnant une pigmentation dense (D)... Mais à cause de l'allèle A, dominant, il a des poils agoutis : il est donc brun !
C'est l'interaction entre ces différents allèles qui nous donne un chat brown tabby.
Quant au chat bleu tabby, il a au moins un allèle A pour avoir des poils agoutis, et il est nécessairement homozygote pour la paire allélique de la dilution (d//d).
Le patron mackerel (un dessin tigré avec des fines rayures plutôt droites) est déterminé par l'allèle T, dominant. Le patron blotched (un dessin marbré avec des bandes sombres beaucoup plus larges et un espèce "d'œil" sur le flanc) dépend lui d'un allèle récessif par rapport à T, noté tb.
Ca commence à se compliquer !
L'interaction entre ces paires alléliques nous donne un chat brown mackerel tabby : sa pigmentation est dense (présence d'au moins un allèle D) et il a des poils agoutis (présence d'au moins un allèle A). Quant aux rayures de son patron mackerel, elles expriment l'allèle T.
On voit bien la relation entre A et T : on ne "voit" l'expression de T ou de tb que si au moins un allèle A est présent. Notre ami le chat noir uni (a//a) porte lui aussi des allèles T ou tb, mais on ne le voit pas puisque la paire allélique a//a induit des poils uniformes sur tout le corps.
Les polygènes apportent ainsi le sens de la nuance : ils agissent comme des "potentiomètres", qui déterminent l'intensité ou l'étendue de telle caractéristique, apportant chacun des petits "plus" ou des petits "moins".
Tous les allèles sont ainsi pris dans des relations d'interdépendance et des hiérarchies complexes.
Entre toutes ces interaction polygéniques qui apportent pleins de petites touches de nuances à l'expression des gènes majeurs et les recombinaisons qui ont lieu lors de la formation des gamètes, la ressemblance d'un individu avec ses parents n'est pas toujours flagrante... C'est comme ça que deux chats aux patrons blotched tout à fait sublimes peuvent donner naissance à des chatons dont le patron n'est pas si bien dessiné... Grrr ! L'inverse peut également arriver, et c'est une bonne surprise dans ce cas !
Bien entendu, dans l'ensemble, il reste toutefois plus vraisemblable que les chatons aient un patron bien dessiné si c'est le cas de leurs parents aussi.
L'environnement dans lequel vit un chat (ou n'importe quel être vivant d'ailleurs) influe également sur l'expression de son phénotype...
Un chat au patron colorpoint (lequel n'existe pas chez le Maine Coon) a un "masque" et les papattes & la queue colorées. Cela est dû à un allèle récessif... et, absolument indissociablement, à la température extérieure. Pour que les pigments du masque et autres extrêmités corporelles soient synthétisés, il faut une température ambiante suffisamment basse. Si on fait vivre un siamois en climat polaire, il finira complètement coloré avec le temps (et, à l'inverse, dans un climat chaud en permanence, il se colorera à peine). Amusant de voir comment l'expression des gènes n'est pas du tout "monolithique", non ?
Il existe différentes nuances à la dominance stricte (mendélienne).
Dominance incomplète (ou partielle).
Un allèle peut être incomplètement dominant. Dans un tel cas, un hétérozygote et un homozygote n'ont pas le même phénotype.
Par exemple, dans la série allélique C (de la répartition de la couleur sur le corps), l'allèle cb donne le patron burmese (ou sépia - les extrêmités comme le museau, les pattes et la queue sont très colorées, le reste du corps l'est un peu moins) et l'allèle cs donne le patron siamois (ou colorpoint - seules les extrêmités sont colorées).
Un chat hétérozygote cb//cs exprimera une répartition de la couleur qui est un intermédiaire entre le patron burmese et le patron siamois : il a les extrêmités très colorées et le reste du corps légèrement coloré (on appelle cette répartition le patron tonkinois ou mink). L'allèle cb est incomplètement dominant sur l'allèle cs.
Expressivité variable.
Sous l'action de polygènes modificateurs, l'expression d'un même allèle dominant peut varier d'un individu à l'autre.
Un allèle dominant "donne le ton" en induisant une caractère défini. Mais l'expression de ce gène majeur comporte des variations qui dépendent de polygènes.
De fait, il est quasi impossible de trouver un allèle dominant qui ne soit pas, dans une certaine mesure, à expressivité variable : aucun caractère induit par un allèle dominant ne s'exprime de manière tout à fait identique d'un individu à l'autre.
Par exemple, si l'on peut facilement distinguer un patron mackerel, induit par l'allèle dominant T, le dessin particulier, la largeur des rayures, etc varient chez chaque chat. Ces variations sont liées à autant de polygènes qui apportent des effets minorants ou amplifiant.
Le spectre de l'expressivité variable d'un allèle dominant peut être plus étendu : par exemple, l'expression du gène majeur S (qui implique des panachures blanches) présente un continuum, de la présence de quelques taches blanches à presque toute la surface du corps recouverte de blanc (chats van), sous l'influence de polygènes modificateurs.
Pénétrance incomplète.
Si un allèle dominant a une expressivité très variable, les polygènes modificateurs qui régulent son expression peuvent aller jusqu'à la masquer ou la compenser. On parle alors de pénétrance incomplète.
On estime alors la part de la population où la pénétrance est complète (c'est-à-dire où l'allèle s'exprime phénotypiquement) : par exemple, un allèle à pénétrance de 80% s'exprime chez 8 individus sur 10.
Un gène dominant à pénétrance incomplète est bien dominant, ce n'est pas un allèle récessif ; pourtant à cause de polygènes modificateurs (ou "grâce à" eux s'il s'agit d'une maladie), il ne s'exprime pas chez tous les individus qui le portent.
L'expression d'un allèle dominant peut aussi être différée dans le temps, c'est-à-dire que le caractère qu'il induit ne s'exprime pas dès la naissance mais finit par s'exprimer : la pénétrance est croissante avec l'âge.
Bien sûr, l'expressivité variable des gènes n'est pas réservée aux seuls allèles dominants : l'allèle qui induit un patron blotched (allèle récessif tb) a lui aussi une expressivité variable par exemple.
Il existe des caractères qui ne sont pas induits pas un gène majeur, mais par des groupes de polygènes. Ces polygènes ont chacun des effets légers, mais cumulatifs.
OK ! Pause !
Chers lecteurs, pour vous remercier d'avoir lu tout ça, nous avons le plaisir de vous offrir, au choix : un café, une aspirine et une bouée.
Vous pouvez bien sûr prendre les trois, on n'est pas radin.
Après cet intermède, on redémarre ragaillardi...
Bref, au final, il y a bien plus d'exceptions à la règle ou de nuances que d'applications strictes du régime binaire dominance simple/récessivité simple.
Le couple dominance/récessivité est le schéma explicatif de base : il est vrai, mais comme tout schéma, il est... schématique. Il est seulement l'introduction minimale aux relations entre allèles : en matière de génétique, les choses sont toujours plus compliquées... Plus on s'y plonge (plus on s'y noit ?), et plus on y apprend surtout une leçon d'humilité.
En termes éthiques, quand on travaille avec le vivant, il est tout aussi important de ne pas céder à l'illusion d'un "contrôle" génétique (même si ce n'est pas l'envie qui manque...). Ce ne sont pas la connaissance des relations de quelques gènes majeurs déterminant quelques caractères physiques & des modes de transmission de quelques mutations pathogènes qui nous permettent de "contrôler" l'ensemble des brassages génétiques inédits qui ont lieu dans un mariage.
Autant il est de la plus haute importance d'acquérir le maximum de connaissances en la matière, autant celles-ci doivent être remises en perspective : elles restent "schématiques" (mais c'est une raison supplémentaire de les acquérir a minima, sans quoi on est vraiment particulièrement démuni !).