Les variétés de couleur ou de répartition de la couleur dont on va parler ici ne sont "pas légales" chez le Maine Coon : pas de Maine Coon colorpoint, pas de Maine Coon lilac !
Mais pas d'ostracisme ! Ne serait-ce que parce que,
si des variations à ces loci ne sont pas autorisées chez le Maine Coon,
ceux-ci ne sont pas pour autant "vides"...
Tous les Maine Coons sont homozygotes pour les
allèles sauvages
"version d'origine" d'un gène
B//B et C//C.
Le gène situé au locus C sert à fabriquer un acteur important de la synthèse pigmentaire, qui intervient dans les premières étapes de la "chaîne de fabrication" des pigments (étapes qui sont communes à l'eumélanine, le pigment sombre, et à la phæomélanine, le pigment clair jaune à orange).
Il s'agit d'une enzyme, qui répond au doux nom de tyrosinase.
Dès que l'allèle sauvage Un allèle sauvage est la "version d'origine" d'un gène. Les autres allèles apparaissent par mutation de celui-ci. C, dominant, est présent, il ne se passe "rien de particulier" : la tyrosinase est "normale" et la coloration du chat aussi, sur tout le corps.
Il se rencontre cependant pas moins de trois autres variations alléliques de ce gène dans la population féline (et éventuellement quatre).
L'allèle cb (... le petit b comme burmese) est récessif par rapport à C.
Les chats homozygotes cb//cb ont un coloration un peu contrastée entre le corps et les extrêmités (tête, queue, pattes) : c'est le patron sépia (ou patron burmese). Ils ont un "masque" plus foncé.
La tyrosinase est "moins active" dans les zones du corps qu'aux extrêmités : il y a moins de pigments sur les poils. L'œil les voit "sépia", bruns foncés, par contraste avec les extrêmités où les poils sont bien couverts d'eumélanine.
Quand le chat est red (poil phæomélanique), de même, il y a moins de pigments sur les poils du corps et la teinte apparaît plus jaune.
Ce n'est pas la couleur qui varie mais bien la "coloration", avec des quantités plus ou moins importantes de pigments du même type dans les différentes zones. Encore un effet optique !
L'allèle cs donne le patron si caractéristique des siamois (... d'où le petit s).
Un chat homozygote cs//cs a un patron point (dit aussi colourpoint) : les extrêmités colorées contrastent avec le reste du corps, clair - pas ou peu pigmenté.
Et histoire de pi(g)menter un peu les choses...
L'allèle cb est incomplètement dominantUn allèle est dit incomplètement dominant (ou partiellement dominant) quand les hétérozygotes ont un phénotype intermédiaire. sur cs : les hétérozygotes cb//cs ont un pelage intermédiaire entre celui du Burmese et du Siamois, un peu comme une moyenne des deux effets.
C'est le patron tonkinois (ou mink).
La particularité des formes de tyrosinase fabriquées à partir de cb ou de cs, c'est leur sensibilité à la température... (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
Les colorations sépia, mink ou point sont en fait des formes d'albinisme (...sensibles à la température).
Il existe au moins un autre allèle de la série C, l'allèle ca, qui donne les chats albinos blancs aux yeux bleus.
Cet allèle est récessif par rapport à tous les autres de la série.
Chez les albinos blancs aux yeux bleus (ca//ca), la tyrosinase ne fonctionne pas du tout - ou presque: juste assez pour que quelques pigments soient produits et colorent légèrement l'iris.
Il est possible, enfin, qu'il y ait des chats blancs aux yeux "rouges" (albinos complets), sous l'effet d'un variant allélique c, rendant la tyrosinase absolument non-fonctionnelle ou absente, d'où une absence totale de pigmentation.
Après cb et cs, l'allèle ca a été récemment séquencé... (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
Le gène du locus B code pour un agent de la synthèse de l'eumélanine (le pigment sombre).
Il intervient "en bout de chaîne" - pour les "finitions" :-)
Avec l'allèle sauvage B, "aucun incident à signaler" dans la "chaîne" : les pigments eumélaniques ont reçu leurs "dernières touches", ils sont bien formés et bien oxydés (sombres).
L'allèle b est récessif par rapport à B.
L'enzyme fabriquée à partir de cet allèle est un peu moins fonctionnelle :
les pigments sont moins oxydés, plus ronds, plus petits.
La lumière se réfléchit davantage sur le poil, que l'œil voit alors plus brun.
Cette nuance est appelée chocolat (ou chocolate, ou encore havana).
L'allèle bl est le plus récessif de la série B, c'est-à-dire qu'il est récessif à la fois par rapport à B et par rapport à b.
Les chats bl//bl fabriquent une enzyme quasiment pas fonctionelle :
les pigments sont encore moins oxydés.
La lumière s'y réfléchit beaucoup.
On appelle cette couleur cannelle (ou cinnamon, ou encore sorrel) : le poil apparaît brun clair pour l'œil humain.
Plus de détails sur la recette du chocolat et de cannelle (miam miam tout ça!) (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
Les effets de b ou de bl peuvent bien sûr se combiner avec ceux du gène d, responsable de la "dilution" (le rassemblement des granules pigmentaires en petits paquets, laissant des interstices "nus" réfléchir la lumière et faire paraître le poil plus clair).
Il s'agit respectivement des teintes lilac et fawn, des nuances très pastels et très jolies. Elle n'irait pas deux secondes aux Maine Coons avec leur look rustique, mais sur des chats plus "sophistiqués", c'est vraiment magnifique.
La combinaison des effets de b et de d fait apparaître le poil gris bleuté, clair, avec une nuance un peu mauve-rosée métallique (bon, le lilac, c'est un peu dur à décrire...).
On appelle aussi cette nuance lilas en francisant, ou encore lavande (ou lavender)
Un chat lilac est nécessairement homozygote d//d et exprime b (soit en hétérozygotie b//bl, soit en homozygotie b//b). Un chat n'est pas à proprement parler "porteur de lilac" : par là on veut dire qu'il porte et la dilution (d) et le chocolat (b).
La combinaison des effets de d et de bl donne au poil une nuance que l'œil voit gris clair beige.
On l'appelle fawn ou faon.
Un chat fawn est nécessairement homozygote d//d et homozygote bl//bl, puisqu'il s'agit de deux allèles récessifs.
Là non plus, pas de "porteurs de fawn", mais des chats porteurs à la fois de la dilution (d) et de cinnamon (bl).
Du lilas et des faons... de bucoliques effets d'optique ! (ouverture dans une nouvelle fenêtre)
L'enzyme fabriquée à partir du gène du locus B intervient dans la synthèse de l'eumélanine, qu'elle contribue à oxyder.
Les chats red/crèmes, avec leurs poils "tout-phæomélaniques",
ne sont donc pas concernés.
Les allèles b et bl ne modifient pas leur coloration.
En revanche, ils peuvent bien sûr les transmettre à leur descendance.
Quand la "dilution" est amplifiée (paquets de granules plus "compacts" et/ou plus d'espace entre eux), la lumière se réfléchit encore davantage et le poil a l'air encore plus pastel.
Ce "super délavage" est lié à un probable gène majeur, noté Dm (... comme dilute modifier, "modificateur de dilution"), un gène modificateur dominant - mais il peut ne s'agir aussi que de l'effet d'un groupe de polygènes "amplificateurs".
Les bleus (et lilac, et fawn) "super-dilués" sont appelés des caramel. Le poil apparaît gris clair beige très pâle.
Les crèmes "super-dilués" sont appelés des abricots.
Quand le chat n'est pas dilué (DD ou Dd), le (groupe de) modificateur(s) Dm n'a aucun effet. Il agit seulement sur les dilués, apportant une "touche complémentaire".
Les chats caramel et abricot sont rares.